AMR (Simon « Hutt » T.)

BD. Alors que la planète Oris se remet difficilement de la guerre contre le Conglomérat gagnée dans la douleur et au prix de la mort de la moitié de sa population 50 ans auparavant, la Corporation, un consortium puissant, entend profiter de la situation pour acquérir Oris, puis le système planétaire dont elle fait partie. Amer est, lui, bien loin de tout cela. Réparateur de robots et d’appareils en tout genre pour son oncle, il se contente tranquillement de cette routine qu’il partage avec son pote Dario. En apparence…car quand il découvre un artefact technologique datant de la guerre alors qu’il est descendu chercher une électro-clef au stock, la réalité géopolitique va le rattraper…

Effets de mouvements lors des scènes de baston, personnages aux grands yeux, découpage souvent nerveux, cadrages en gros plan sur les visages : comme beaucoup d’auteurs du label 619, le dessin de Simon « Hutt » T montre la grande influence que le manga a eu sur lui. Un style graphique qui en rebutera peut-être certains parmi vous, ce qui serait clairement dommage. Car l’auteur propose ici une véritable odyssée, « à la Mathieu Bablet » (le récit comporte plus de 200 pages), qui va entraîner Amer, Dario, un robot, la générale Sarya et un drôle d’oiseau dans une aventure aussi improbable (la traversée du Royaume des oiseaux ou la plongée dans les anciennes galeries construites par le Conglomérat, sorte de concentration de réseaux permettant d’accélérer le pillage de données) que spectaculaire. Certaines scènes sont certes un peu confuses et le récit manque par moments de justesse (par exemple lors de la scène où Amer éprouve des remords quand il se souvient de Dario) mais on se laisse malgré tout emporter par la fougue de la narration de Simon « Hutt » T.. Par son côté critique aussi, l’un des buts de l’auteur étant de pointer du doigt les ravages de l’ultralibéralisme sur la société et notre planète (il fait clairement référence, à un moment, à toute l’eau nécessaire pour refroidir les data centers) à l’ère du numérique. D’autant que l’édition, une constante avec le label 619, est soignée, avec le choix d’un grand format réduit en largeur et un cahier graphique bonus en fin de livre.

(Récit complet, 216 pages – Label 619/Rue de Sèvres)

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