BD. Brèche-Dent a beau faire, on lui rappelle continuellement qu’il est né sur les rives du lac à vaisselle, bref on le renvoie toujours à sa condition. Devenir chef à la cuisine des ogres ? Il peut oublier…Pourtant, il essaie de se rendre utile et veut prouver qu’il n’est pas un vaurien. Il propose donc ses services à la tout-sucre de la Grignotte et, contre toute attente, après une matinée d’essai où il accompagne madame Brûle-pourpoint dans sa quête de lait de dahu, la Grignotte en personne lui fait signer un contrat de marmiton…qui stipule (il aurait dû le lire avant de le parapher…) qu’il doit lui remettre une recette secrète de Trois-fois-morte. Refusant de trahir son amie, Brèche-Dent décide de quitter la dent du chat et d’aller faire sa vie ailleurs. Dès qu’il l’apprend, la Grignotte loue les services d’un chasseur de primes pour l’éliminer…
Après un premier épisode, Trois-fois-morte, qui nous présentait, avec inspiration, l’univers de la dent du chat et ses principaux protagonistes, Vehlmann et Andreae reviennent avec un nouvel épisode (qui peut une nouvelle fois se lire indépendamment), toujours aussi créatif et goûtu. Centré cette fois sur le personnage de Brèche-Dent, il prend l’allure d’un récit initiatique qui voit le jeune garçon découvrir l’intolérance et l’injustice (sous prétexte qu’il est mal né, il semble condamné à rester un moins que rien) et faire face à des situations complexes qui l’obligent à faire des choix forts, notamment l’exil, pour rester fidèle à ses principes d’amitié et de loyauté. Un exil qui va l’emmener dans des aventures improbables qui le verront, notamment, travailler à la comptabilité d’un navire magique ou se faire avaler par le Léviathan…
Un épisode toujours aussi réjouissant. Le scénario de Vehlmann, rempli de clins d’œil aux contes et conteurs célèbres (Hansel et Grethel, Alice au pays des merveilles, Pinocchio, Méliès ou encore la Bible) est aussi « faérique » que maîtrisé. Souvent drôle (lors de son périple, Brèche-Dent rencontre des gens qui parlent un dialecte étonnant, très inspiré du patois savoyard ou du créole…), il n’en oublie cependant pas de faire passer son petit message social (parce qu’ils sont les plus forts, les ogres dominent le petit monde de la dent du chat, asservissant les autres, qu’ils méprisent). Et que dire du travail graphique « à l’ancienne » (aux crayons et aux couleurs traditionnelles) d’Andreae, sinon qu’il est d’une créativité folle, mettant en image l’univers imaginé par Vehlmann avec gourmandise et virtuosité. Et pourtant, le défi était de taille, car le scénariste lui avait réservé quelques scènes aussi débridées que délirantes. De la très bel ouvrage !
(Récit complet, 80 pages – Rue de Sèvres)



