BD. Lucky Luke a été engagé par Ronald Cramp (qui est à la tête d’un véritable empire) pour retrouver son neveu. Notre homme a une piste : un certain Jeremiah Johnson, un vieux poivrot, l’aurait aperçu dans une tribu de pieds-bleus. Après l’avoir retrouvé, passablement éméché, dans un saloon, le cow-boy solitaire parvient à le « convaincre » (contre un nouveau fusil et une belle quantité de bouteilles de whisky…) de l’aider à le retrouver. Mais la mission s’annonce compliquée. Parce que les pieds-bleus sont à cran depuis que Cramp coupe tous les arbres qui se trouvent sur leur territoire pour son exploitation de bois. Et parce que l’homme d’affaires ne lui a, bien entendu, pas tout dit…
Bonhomme revient avec un troisième Lucky Luke, ce qui confirme ce que l’on pensait déjà : si certains auteurs comme Blutch, Brüno ou Bouzard sont invités, sur un one-shot, à rendre hommage à Lucky Luke, Bonhomme va, quant à lui, régulièrement proposer des aventures du cowboy solitaire. Parallèlement, bien sûr, à la série mère, forcément très respectueuse de l’œuvre de Morris, reprise par Achdé et Jul. Bonhomme a, quant à lui, carte blanche pour amener sa personnalité et il ne s’en prive pas ! S’il n’oublie pas que l’humour est un ingrédient important de Lucky Luke (il intègre les Dalton, pour la première fois, dans des scènes, inspirées, visant bien sûr à faire rire, souvent en les ridiculisant, comme le veut la tradition), le scénario de La Longue marche de Lucky Luke fait explicitement référence à notre monde réel actuel. Et à son actualité menaçante avec la figure (on ne voit jamais son visage…) mégalomaniaque de Ronald Cramp, référence évidente à Donald Trump, avec sa volonté de toute puissance (à un moment, il annonce à un garde frontière canadien -très bonne idée scénaristique d’ailleurs de montrer le voisin canadien comme alternative aux États Unis- qu’il annexera un jour le Canada…) et son mépris pour la nature (son alter-ego fait couper tous les arbres qu’il peut trouver…). Un scénario vraiment bien vu qui propose de l’aventure (c’est quand même Lucky Luke) sans oublier de passer quelques petits messages, de glisser ici ou là de petits clins d’œil et…de surprendre (la relation entre le petit neveu, enfant pourri gâté qui n’en fait qu’à sa tête et dit ses quatre vérités à Luke, et le héros est vraiment drôle mais aussi touchante). Et on n’en a pas encore parlé mais le dessin est bien sûr toujours aussi chouette : le découpage est dynamique et parfois audacieux et le trait, épuré, sobre, est parfait, livrant, au passage, quelques magnifiques cases, notamment quand le dessinateur met en scène des paysages enneigés. Un grand Bonhomme !
(Récit complet, 80 pages – Dargaud)



