Bien décidé à dénoncer la propagande officielle du pouvoir (qui mène dans le Caucase une « guerre contre le terrorisme ») et à montrer toute la brutalité et l’horreur dont est capable cette dictature déguisée en démocratie (les soviétologues la surnomment d’ailleurs « démocrature »), Igort a voyagé près de deux ans en Ukraine, Russie et Sibérie. Il est parti sur les traces d’Anna Politkoskaïa, journaliste au quotidien Novaïa Gazeta, assassinée dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou en octobre 2006 car son travail gênait le pouvoir. Il a refait comme elle la route jusqu’en Tchétchénie, a rencontré sa traductrice en France, Galia Ackerman, et a relu les témoignages des gens de là-bas ou de soldats russes pour mettre en lumière les camps de filtrage (une nouvelle version des goulags staliniens), les zatchistras (opérations de nettoyage de villages tchétchènes durant lesquelles les soldats russes ont quasiment carte blanche –violences arbitraires, viols, tortures- pour trouver des « rebelles ») ou les exécutions sommaires.
Un récit dur (sous le trait fin d’Igort, la plupart des protagonistes, hagards, visages creusés, ressemblent d’ailleurs à des spectres errants) mais édifiant qui, grâce à un travail de documentation poussé, met véritablement à nue une Russie qui a décidément bien du mal à sortir de la spirale de violence dans laquelle elle est enfermée depuis des décennies. Et rend, en creux, un magnifique hommage à Anna Politkoskaïa et, à travers elle, à tous ceux qui meurent et souffrent parce qu’ils luttent pour les Droits de l’Homme. Indispensable !
(Récit complet – Futuropolis)