BD. Francis est un vieil homme. Solitaire depuis longtemps. Par choix et, surtout, par nécessité. Parce qu’il n’est pas adapté à ce monde. Depuis qu’il a quitté sa femme et ses 2 enfants, il se consacre ainsi au dessin, qui l’apaise, dans sa petite maison. Et à la nature qu’il contemple, surtout à la nuit tombée. Quand il apprend qu’il a une tumeur au cerveau, Francis commence, sur les conseils de Yannick, qui l’a aidé lors de son passage en hôpital psychiatrique des années plus tôt, à écrire une longue lettre à ses enfants. Il y parle de ses angoisses, de son amour du dessin, de la nature ou de Gabriel, un garçon trisomique qui vient le voir tous les mercredis et pour qui il dessine à chaque fois un chat…
Larcenet a tellement apporté à la bande dessinée, avec des récits forts comme Blast, Le combat ordinaire ou encore Le rapport Brodeck, que l’on accueille chacune de ses nouvelles sorties avec une vraie joie. L’insensé ne fait pas exception. D’autant que Larcenet y a mis beaucoup de lui. Car cet homme, Francis, peu à l’aise dans ce monde violent et intolérant (dans une scène, le père du petit Gabriel l’agresse, l’accusant d’être un pédophile…) et dont les angoisses le poussent à vivre en solitaire, c’est l’auteur. Un récit qui voit Larcenet reprendre des thèmes qu’il a déjà abordés (la création, l’angoisse, la maladie, l’isolement…) tout en poussant leur exploration plus loin, dans une démarche encore plus personnelle et radicale. Dans L’insensé, le trait (à la tablette numérique, comme c’est le cas depuis plusieurs années) est en effet épuré, à l’os en quelque sorte, histoire de ne garder que l’essentiel. Et le verbe est rare, la narration (véritable poésie graphique qui impose son rythme particulier) épousant ainsi le choix de vie de Francis : contemplatif, le découpage fait ainsi la part belle au travail créatif, acharné, de notre homme ainsi qu’à la beauté de la nature : aux animaux qui sortent à la tombée de la nuit, au ciel étoilé (quand le lampadaire que vient d’installer la mairie juste à côté de chez lui ne gâche pas tout) ou au chat qui vient parfois lui rendre visite…
Un portrait très touchant de l’auteur, en creux, qui est aussi une magnifique déclaration d’amour à l’art et au dessin, sans lesquels il n’aurait pas pu vivre. Un Larcenet sobre mais profondément personnel et donc indispensable pour les fans de l’auteur.
(Récit complet, 176 pages – Dargaud)



