Mike D + Circle Jerks + Pussy Riot + Dead City + Maddy Street
Paris, Espace Périphérique, le 20 juin 2026
A l’occasion de l’exposition sur le street art intitulé « Beyond The Streets » qui se déroule à la Villette, un gros concert, réunissant entre autre Mike D des Beastie Boys, Circle Jerks et Pussy Riot, est organisé à l’Espace Périphérique (dont la scène est située littéralement sous le périphérique parisien). L’affiche est assez improbable, et semble plus proche d’une programmation de festival, mais nous étions curieux de voir ce que donnait cette reformation des légendaires Circle Jerks, et évidemment, de retrouver le célèbre Mike D pour découvrir son nouveau projet. Nous avons donc bravé les chaleurs extrêmes qui s’abattaient sur Paris, et rejoint l’espèce de parking bétonné qui accueille le public de l’Espace Périphérique. On se demande quand même si on ne serait pas mieux, à l’ombre d’un arbre, dans le Parc de la Villette juste derrière…

Mais les tatoués à la réputation sulfureuse (construite ou réelle) de Dead City Punk sont déjà prêt à en découdre (désolé j’ai loupé Maddy Street) et je suis curieux de voir ce que ces gars de Los Angeles ont dans le ventre. Je ne vais pas être déçu. Le groupe, qui se retrouve en plein cagnard, va nous délivrer un punk hardcore massif et violent sacrément convaincant. On sent qu’il crèvent de chaud, mais ils ne se limitent pas pour autant. Ils semblent heureux de jouer à Paris, et, malgré l’horaire de passage et le lieu pas encore bien rempli, les ricains donnent tous ce qu’ils ont (et crachent quelques belles flammes à l’aide de bombes de peinture… ce qui semble être leur marque de fabrique). Même si on est loin des concerts sauvages qui ont construit leur petite réputation à Los Angeles, ce sera la belle découverte de ce soir, simple mais efficace. Reste à les revoir dans un lieu plus convivial, pour bien prendre l’intensité de leur musique.

Le temps de cuire encore un peu, et ce sont les célèbres Pussy Riot russes qui enfilent leurs cagoules roses pour prendre le relais. Je dois avouer qu’en dehors de leurs actions très médiatisées datant d’il y a plus de dix ans, et qui leur ont valu un séjour en prison en Russie (pays qu’elles ont aujourd’hui fuit me semble-t-il), je n’avais pas trop suivi leur actualité ou leur musique. Le collectif fait pourtant toujours des actions (avec récemment une manifestation à la Biennale de Venise), et des concerts sous différentes formes. Ce soir, ce sera la version emmenée par Nadejda Tolokonnikova (le Pussy Riot qui sort des disques donc), avec une prestation que je qualifierais de pop. En effet, il n’y aura pas de place pour la performance ou le happening ce soir. Juste une version concert, avec un gars aux machines (ordinateur d’ou toute la musique sort), Nadejda au chant (au centre), deux danseuses (de chaque côté) et un guitariste peu utile (à droite). Elles vont nous jouer beaucoup de morceaux de l’album ‘Cyka’, et comme sur l’album, nous allons donc manger à tous les râteliers. De l’electro punk (les très bons « Faceless Pigs » ou le plus violent « Disorder ») à l’electro-pop radiophonique (« Police State ») ou l’electro trap (« Cyka », ou « Murka ») ou carrément des morceaux dance qui nous renvoient à Alisée (le désastreux « Nothing To Lose »). Pas facile de s’y retrouver donc. Et c’est dommage car certains morceaux méritent vraiment qu’on s’y intéressent, quand d’autres laissent définitivement à désirer (selon vos gouts). Scéniquement, les deux danseuses méritent tous les honneurs : danser furieusement comme elles l’ont fait, vêtue d’une cagoule (alors qu’il fait 35° à l’ombre et qu’elles sont au soleil), chapeau. Pour le reste, les images vidéos (de guerre notamment) en arrière plan, particulièrement politiques, place le décor, mais le show est tellement calibré pop qu’on a tendance à les oublier. Et malheureusement, tout est tellement pré-enregistré sur ordinateur (même les voix et les choeurs), qu’on se demande parfois si ce ‘est pas carrément du playback (ou du karaoké). Du coup, ça pique un peu. Bref, j’ai beaucoup de respect pour le collectif Pussy Riot et pour Nadejda Tolokonnikova, mais ce soir, même si j’ai apprécié les titres électro-punk et même quelques titres trap, je n’ai pas trop compris le délire artistique dans son ensemble. Peu importe, elles ont joué devant du monde, qui semblait apprécier, et de mon côté, je sais que la suite sera plus à ma convenance.

En effet c’est maintenant aux vétérans de Circle Jerks d’investir la scène. Je ne m’attends pas à retrouver l’énergie des jeunes punks de 1980, mais je suis tout de même heureux d’avoir l’occasion de voir une formation quasi-originale (puisque je les avais loupé lors de leur précédent passage en 2022) : Keith Morris (chant) et Greg Hetson (guitare) étant là depuis le début, tandis que Zander Schloss (basse) y est depuis 1984. Seul Joey Castillo (batterie) a rejoint le groupe pour sa reformation. Le groupe va jouer des morceaux des trois premiers album (« Group Sex » , « Wild In The Street » et « Golden Shower of Hits »). De son côté, Keith Morris, toujours aussi énervé du haut de ses 71 ans, nous fera de longs discours entre les morceaux pour critiquer la politique de son pays. Si longs que Greg Hetson lui demandera même à un moment d’abréger pour reprendre les morceaux, ce qui énervera encore plus Keith ! Ah ah, sacré vieux punk ! Au niveau de la prestation, ça joue, c’est rapide (Castillo fait des miracles en arrière plan), mais on sent bien que ce n’est plus ce que ce devait être dans les années 80 non plus… il faut dire qu’il fait toujours aussi chaud, et que ça joue vite. Quoi qu’il en est, j’apprécie le show. Je suis content d’entendre ces morceaux que j’écoute depuis tant d’années. Et c’est toujours touchant de voir des gars comme Keith Morris ou Greg Hetson qui n’ont jamais lâché le punk rock depuis la fin des années 70. Respect.

Le soleil commence enfin à se coucher pour l’arrivée de la star de la soirée, monsieur Mike D des Beastie Boys. Pour le coup, bien que fan des Beastie Boys, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec le nouveau projet de Mike D. Les première vidéos qui circulaient ne me parlaient pas vraiment, mais je me disais que son flow inimitable devrait tout de même sauver le truc. Bref plus de 10 ans après l’arrêt des Beastie Boys, je voulais voir ce que donnait le retour d’un de ses fondateurs.
Les membres du groupe arrivent sur scène, tous habillés en rose. Mike D inclus. Il s’est entouré de nombreux musiciens / producteurs. Un guitariste, un bassiste, et trois personnes à l’arrière de la scène qui s’occupent des machines et autres choeurs, assis derrière des tables. Et dès le début, je suis rassuré. L’ensemble est moins « vaporeux » que ce que je craignais. On retrouve bien un quelque chose des Beastie Boys. Les premiers morceaux sont très efficaces. Grosses basses, rythmiques qui appellent à danser, et le flow parfait de Mike D (même si je trouve qu’il y a trop d’effets sur sa voix). Ça envoie tellement côté machine que je pense parfois à Prodigy ou toute cette vague que nous appelions Big Beat à l’époque. Mais rapidement une nouvelle influence se fait sentir. C’est celle du Manchester des années 90. Un morceau nous renvoie directement aux Happy Mondays. L’univers du nouveau Mike D ressemble un peu à tout ça. Une rencontre étonnante entre les Beastie Boys (plutôt période finale), la puissance de Prodigy, et le psychédélisme dansant des Happy Mondays. Le tout dans une ambiance très bienveillante. Mike D demandant régulièrement si tout le monde va bien dans le public au vu de la chaleur. Mais si le début de set est d’une efficacité exemplaire, je ressens un petit essoufflement par la suite. Des morceaux moins inspirés avec des chants moins convaincants (je crois qu’il s’agit du morceau sorti sur le net avant le concert). Rien de grave non plus, juste un ou deux titres en dessous. Mais le groupe va reprendre le fabuleux « Mind Your Own Business » des Delta 5, que Mike D dit avoir adoré dans sa jeunesse. Même si la reprise electro du tube est largement moins bien que l’originale, l’effet reste garantie. Le public est sous le charme et chante en choeurs ces refrains qui leur plait. Enfin, le set se finira sur ce que la majorité du public attendait : une reprise des Beastie Boys. Beaucoup souhaitaient « Sabotage », ce sera « So What Cha Want ». Et si les voix de ses anciens acolytes manquent à l’appel, nous ne ferons pas les fines bouches. Comment résister ?



