BD. Un nouveau transport de « touristes » est prêt à partir à Mardin, Turquie, près de la frontière syrienne. Soran, qui tient une épicerie à Londres, fait appel à Awar pour le diriger. Il l’envoie aussi car Moussa, déjà sur place, est encore un peu jeune pour mener une opération. D’ailleurs, dès son arrivée, Awar lui fait comprendre que c’est lui le boss, celui qui donne les ordres. Mais quand Ersin, une jeune femme au fort caractère, essaie de s’enfuir, mettant ainsi en danger l’ensemble du convoi, les choses se compliquent pour Awar. Incapable (elle lui rappelle trop sa fille décédée…) de la punir durement (en la violant ou en la tuant…) pour donner une leçon aux autres migrants, son autorité est en effet remise en question par Moussa qui n’attend qu’une chose : prendre sa place…
Les derniers rapports de l’ONU et des ONG spécialistes du sujet sont clairs : il y a de plus en plus de migrants à travers le monde. Pour des raisons géopolitiques, climatiques ou économiques. Et donc de plus en plus de risques de traite et de trafic d’êtres humains. Car ces migrants venant en grande majorité des pays du Sud ont très peu de chances de se voir offrir une chance d’être accueilli par un pays du Nord. Ils n’ont donc d’autre choix que d’opter pour la migration illégale. C’est cette réalité que Loore, journaliste qui a enquêté sur le trafic de migrants, a voulu mettre en évidence dans une BD soutenue par la Fondation Samillia qui lutte contre le trafic d’êtres humains. Épaulé par Damien Perez, plus familier de ce média que lui, ils ont imaginé un récit inspiré de son travail. Conscients que la thématique des migrants a déjà été souvent traitée en littérature, au cinéma ou en BD ces derniers temps, ils ont choisi de raconter Passeur(s) du point de vue d’un…passeur. Awar, donc, à la personnalité mystérieuse. Un taiseux fan de belles baskets et de jeux de poupée en ligne capable d’une grande violence. Qui doit mener ces migrants à « bon port » tout en gérant l’ambitieux et brutal Moussa et la rebelle et grande gueule Ersin. Et dont on va découvrir l’histoire, plus complexe qu’il n’y paraît, au cours de cette « mission ».
Passeur(s) est un récit violent, dur, bien entendu mais des plus efficaces pour rendre compte de ce que vivent migrants, obligés parfois de travailler, ou pire, de vendre leur corps pour payer leur passage, mais aussi passeurs, à la personnalité plus complexe qu’il n’y paraît, qui subissent aussi pression et menaces de leurs supérieurs pour diriger les convois d‘une main de fer. Notamment parce qu’il est judicieusement mis en images par Baldó, d’un très semi-réaliste juste et expressif qui n’essaie pas d’enjoliver le propos. Raison pour laquelle son dessin est simplement rehaussé de lavis de gris ternes, voire tristes tout à fait en adéquation avec ce que les personnages traversent.
Une histoire forte qui alerte intelligemment, en montrant le problème dans toute sa complexité et en choisissant un angle original, sur le trafic et la traite d’êtres humains.
(Récit complet, 160 pages – Dupuis)



