ROMAN. Beaucoup de pays occidentaux, suivant l’exemple états-unien, s’extrême-droitisent de plus en plus, on le sait. Et la France n’est pas en reste…Menée par CNews et le groupe Bolloré, la croisade fasciste a réussi à banaliser en quelques années ce que l’on croyait impensable il y a encore quelques décennies. Et l’on vit clairement une période noire (ou brune si l’on doit choisir une couleur politique…) en ce moment. Pensez : on vient quand même de respecter une minute de silence à l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque ! Heureusement, dans le même temps, et c’est ce qui peut nous faire garder espoir, beaucoup de voix s’élèvent pour s’opposer et rappeler ce qu’est le fascisme (ou le nazisme si vous préférez un terme allemand…) et d’où vient le Rassemblement National…Olivier Mannoni fait partie de ceux-là. Dans son nouveau récit, Retour aux souches, une satire politique, il met en scène le congrès d’un parti, le Grabulement Français. Une sorte de retour aux sources proposé par Gretchen (sa directrice) et Philoquin, qu’elle avait placé aux commandes le temps que ses soucis judiciaires soient réglés, aux cadres dirigeants du parti dans le marais poitevin. L’idée ? Créer une unité, une solidarité grâce à des ateliers, des « trainings », des sessions de brainstorming mais aussi des séances de jardinage symbolique (sarcler ronces et autres mauvaises herbes pour replanter de zéro…). Mais surtout, dans l’optique des élections présidentielles, faire comprendre à tous (admirateurs de Pétain, ex-membres de l’OAS ou encore adorateurs du troisième Reich…) que le Grabulement doit faire profil bas, que pour accéder au Grand Fauteuil, il faut désormais avoir bonne apparence et donc éradiquer les déclarations provocatrices antisémites et autres saillies verbales racistes à l’emporte pièce héritées du fondateur du parti, le Légionnaire. Bref, montrer que le Grabulement a changé et qu’il est tout à fait fréquentable, presque lisse, comme Philoquin et sa belle gueule. Gustave Ekztadqs, media trainer embauché pour organiser ce congrès, va comprendre très vite que ce séjour dans le Poitou ne va pas être une partie de plaisir…
Probablement principalement pour des raisons juridiques, mais aussi peut être par jeu littéraire, Olivier Mannoni a changé le nom du parti et de ses principaux dirigeants mais on les reconnait bien sûr aisément. Car tout le reste (dont l’auteur nous fait ici le rappel entre un atelier brainstorming et une séance de jardinage politique) est vrai : les origines du parti, ses dernières évolutions (tellement improbables qu’elles en deviennent risibles), sa stratégie pour devenir fréquentable, les tensions entre ses deux principaux dirigeants, les démêlés avec la justice de Gretchen… Un Grabulement français dont Mannoni a pris le parti de rire (de son programme politique vide : quand on a retiré sa cible privilégiée, les immigrés, il ne reste plus rien… ; de ce couple Gretchen/Philoquin (ces noms…) si mal assorti ; de la superficialité de Philoquin, qui ne comprend pas toujours ce qui se passe et est pris pour une potiche par Gretchen et de sa stratégie à peine voyante de dédiabolisation) pour en montrer toute la vacuité mais aussi, malgré tout, le danger en rappelant ses origines, ses soutiens puissants (l’animateur Hanana, la chaîne FafNews ou le propriétaire de médias Logoré…) et ses buts véritables dans une fin flippante.
Un exercice d’équilibriste savoureux et maitrisé qui tire la sonnette d’alarme tout en faisant rire, notamment grâce à ses nombreuses belles trouvailles langagières (« un panier de crabes rasés » ; « au terme d’élections qu’ils pensaient gagner sans même lever le bras droit ») et autres métaphores (on pense notamment à celle des spermatozoïdes et de la capote…) réjouissantes.
Un texte court mais incisif et mordant, (que l’on espère) salutaire !
(Récit complet, 126 pages – Editions Héloïse d’Ormesson)



