Ainsi, pendant 5 semaines, Hureau a suivi les efforts de Bardet pour réunir les différents chefs de région, responsables communautaires et de campements ou gardiens du feu sacré pour aplanir un différent au sujet de la Conservancy (une juridiction dont le but est de défendre les intérêts des Himbas), ses déambulations (chaque déplacement prend des allures d’expédition) à travers le Bush pour aller rendre visite à d’anciennes amies, pour retrouver sa mère adoptive ou pour aller se recueillir sur la tombe de son père Himba (le tout entrecoupé de pauses pour allaiter Zélie, sa petite-fille d’à peine 1 an), profitant de chaque pause ou temps libre pour croquer, sur le vif, les habitants des villages et leur quotidien ou pour dessiner baobabs, chutes d’eau ou paysages. Et quand quelque chose l’intriguait (la couleur de peau rouge des femmes, l’organisation particulière des campements, les relations hommes/femmes, les patriclans et matriclans…), il se le faisait expliquer par Bardet avant d’en rendre compte dans le livre sous forme de parenthèse. Du coup, au final, Rouge Himba tient autant du carnet de voyage que du reportage dessiné et fait même figure d’ouvrage de référence sur la culture Himba (c’est d’ailleurs comme cela que Solenn Bardet et La boîte à bulles le présente) grâce à l’excellente connaissance des Himbas de Solenn Badet.
Une immersion riche et passionnante, drôle aussi (grâce à l’autodérision du dessinateur), qui brosse un portrait aussi bienveillant qu’honnête (Bardet et Hureau ne cachent pas certains aspects moins positifs, comme le machisme, très présent chez les Himbas ou la cupidité des parents adoptifs de Solenn) des Himbas, superbement dessiné par Simon Hureau qui parvient à rendre (malgré des conditions parfois très difficiles: chaleur, vent, curiosité des enfants, demandes particulières des adultes…), grâce à son trait tendre et sûr rehaussé d’aquarelles, le récit toujours très vivant.
(Carnet d’amitié – La boîte à bulles)