Avec chaque nouvelle parution, cela devient encore un peu plus difficile. Car il faut aux auteurs appelés à intégrer la collection respecter son cahier des charges (faire du musée du Louvre un élément central de l’intrigue) tout en trouvant d’autres chemins narratifs que ceux empruntés par leurs prédécesseurs…Pour ce septième opus (des 6 précédents, « Période glaciaire » de Nicolas de Crécy reste notre petit préféré), David Prudhomme ( à qui l’on doit le très bon « Rébétiko », sorti en 2009) a pour sa part décidé de nous faire partager sa visite de repérages du musée, tout simplement.

On le suit donc dans les allées du Louvre, équipé comme pour un long voyage (sac à dos, manteau, chapka sur la tête), s’imprégner de l’ambiance qui y règne, réfléchir à l’angle d’attaque qu’il va choisir pour son histoire, recevoir un coup de fil de son éditeur, Sébastien Gnaedig, qui s’enquiert de l’avancée du projet ou partir à la recherche de sa chérie, Jeanne, perdue de vue chez Rembrandt…

Prudhomme se met en scène pour nous donner à voir, en quelque sorte, le récit en train de se faire. Et alors que l’auteur décide ensuite de « se faire toutes les salles au pas de course », il se rend compte que le « spectacle » est finalement autant du côté des œuvres que du côté de ceux qui sont venus les voir. Et il met, du coup, aussi en scène les autres visiteurs, ces quelques 29 000 curieux qui, chaque jour, le temps d’une poignée d’heures, se mélangent aux œuvres : improvisant parfois de drôles de chorégraphies devant les sculptures grecques, mettant leur tête dans la gueule d’un lion étrusque vieux de quelques millénaires, s’embrassant devant un couple royal de pharaons enlacé, bref instaurant un dialogue avec elles pour finir par faire partie intégrante du musée.

Si bien qu’au bout de quelques temps, la fatigue et l’ivresse provoquée par la foule aidant, un groupe de collégiens, semble même, vu de loin, être monté sur le radeau de la méduse, des admirateurs d’antiquités égyptiennes ont le même teint halé que les figurines qu’ils observent et une jeune femme avec une coupe au carré semble se regarder dans un miroir alors qu’elle regarde en fait une sculpture…De quoi perdre la tête…

Une visite drôle et décalée, superbement dessinée au crayon car si Prudhomme s’est amusé à croquer les facéties des visiteurs, il s’est aussi confronté, avec talent, à bon nombre d’œuvres du musée !

 

(Récit complet – Futuropolis/Louvre éditions)