fenetres_sur_rueLa collection Noctambule a jusque là fait un sans faute (sans citer toutes ses réussites, mentionnons tout de même la trilogie mordante d’Arthur de Pins, « La marche du crabe », ou le superbe voyage dans le monde de la flibuste qu’est « Le loup des mers » de Riff Reb’s). Elle n’entend pourtant pas vivre sur ses acquis. Une preuve ? Elle sort avec « Fenêtres sur rue » le premier né d’un nouveau projet éditorial pour le moins original ! Intitulé « Yin et Yang », celui-ci va en effet proposer des livres Leporello (si je vous dis « accordéon » ce sera certainement plus parlant !) dont la forme sera aussi importante que le fond et pour lesquels le récit s’amorcera d’un côté et se bouclera de l’autre ou inversement…

Et c’est Pascal Rabaté qui s’y colle le premier avec un récit hommage à Hitchcock (le titre fait bien sûr directement référence à son chef-d’œuvre « Fenêtre sur cour ») d’une grande originalité. Jugez-en plutôt : le livre se présente comme un théâtre de papier (les couvertures –avec cette présentation « accordéon », on ne peut plus parler de première ou de quatrième de couverture…- nous montrent d’ailleurs ses coulisses, avec les techniciens qui font les derniers réglages lumières ou les acteurs qui se préparent) proposant une pièce, sans paroles, en 20 tableaux (10 matinées côté endroit et 10 soirées côté envers) qui ont tous le même décor. 4 façades de maisons de ville de 2 ou 3 étages vues du trottoir d’en face. Il y a là un bar, le Pénalty, un Lavomatic et surtout des appartements. Des appartements dont les fenêtres sans rideaux ne nous cachent rien. Tels des voyeurs, nous voilà donc invités à épier la vie des hommes, des femmes, des familles qui y habitent… Qui jouent, regardent la télévision (des films d’Hitchcock, par le plus grand des hasards !, ou de Jacques Tati), se disputent, font l’amour, se trompent et tuent même parfois !

Car oui, hommage à Hitchcock et au thriller oblige, il y a ici un meurtre ! Ce qui explique pourquoi le sieur Alfred ou Tati sont eux-mêmes présents sur scène. Ils mènent probablement l’enquête. Et montrent aussi la voie à suivre au lecteur/spectateur. Qui lui aussi, dans ce théâtre muet, doit mener l’investigation pour remplir les « vides » temporels laissés entre les tableaux : observer attentivement les allers et venues de chacun, comprendre qui est qui et qui fait quoi et saisir le fonctionnement de chaque individu/couple/famille. Un récit vraiment étonnant, ludique et graphiquement superbe (Rabaté l’a entièrement réalisé à la gouache) livré dans une très belle édition dont on reparlera peut-être bientôt avec l’auteur…

(Récit complet- Noctambule)