Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#1 CELUI QUI VEUT LA PAIX…
SEPTEMBRE 2005

"Celui qui veut la paix, doit être ferme"

Berlin. Ce sont les portraits géants de Gerard Schröder, de Angela Merkel, les affiches nombreuses de Ahmet Iyidirli ou celles de Christian Ströbele qui m'ont accueilli. Le plus souvent, ils sont accompagnés de slogans comme "Pour une Allemagne plus forte", "Fort, courageux, humain", "Plus de croissance, plus de travail". Le dernier doit être un des plus populaires puisque repris par deux partis.
De temps en temps, des slogans comme "Celui qui veut la paix, doit être ferme", devient "Celui qui veut baiser, doit bander" grâce à quelques coups de peinture bien sentis. Ca détend l'atmosphère. Parce que les temps sont durs en Allemagne : la croissance est faible, le chômage est fort et la mayonnaise de la réunification n'a pas pris. L'humeur est donc assez morose. Ces slogans qui, quelquefois, n'ont pas peur d'être populistes ont du mal à redonner le sourire à tout le monde et à mobiliser pour les élections du nouveau Bundestag (le parlement) le 18 septembre prochain.

Rapide état des lieux. Il y a les 15 ans, tous les lundis soir des milliers d'allemands de l'Est manifestaient pour réclamer l'ouverture à l'Ouest et la fin du régime socialiste. Bientôt, le mur de Berlin tombait sous les assauts de ce mouvement populaire et spontané.
Helmut Kohl, un conservateur (CDU) était chancelier à ce moment-là. Son échec de remettre l'Est et l'Ouest au même niveau de développement lui a valu sa place au profit de Gerard Schröder, un social-démocrate (SPD), en 1998. A son tour, cela pourrait bien lui coûter son poste.
Parce que la réunification n'est pas quelque chose de facile semble-t-il. La victoire de l'équipe d'Allemagne à la Coupe du Monde de foot un an après la réunification a eu un effet très court sur la confiance des ménages. Car ici aussi le désengagement progressif des Etats de ce qui étaient leurs prés carrés d'intervention existe. La sécurité sociale au sens le plus large du terme, soit la couverture maladie, les retraites, l'assurance chômage, etc., laisse la place aux fonds de pension, aux assurances complémentaires et à culpabilisation des chômeurs. L'heure serait plutôt à combler les déficits budgétaires et à individualiser les ressources qu'à rechercher des nouveaux outils de redistribution des richesses.
Ces réformes ont fait ici l'objet d'un packadge appelé Hartz IV. Conduit par la coalition Rouge-Verte qui était sortie vainqueur des deux dernières élections, cet ensemble de mesures destinées à renflouer les caisses de l'Etat aux dépends de celles des ménages, n'a pas enthousiasmé les allemands. Au contraire, ces mesures ont provoqué d'énormes manifestations. Coïncidence historique : ces manifestations conduites par ATTAC, la gauche et l'extrême gauche allemande, se sont tenues, elles aussi, le lundi.

Pour un renouveau de gauche ou un opportunisme populiste ? Que ces manifestations se tiennent le lundi a fait hurler de colère les sociaux démocrates allemands au pouvoir, furieux de se voir comparés au régime socialiste contre lequel s'élevaient les manifestants du lundi de 1989. Les initiateurs de ces manifestations y voyaient surtout le symbole du pouvoir du peuple et sa capacité à renverser un ordre établi comme en 1989.
Elles se sont surtout tenues dans les "Nouveaux Länder", ceux qui ont rejoint la République Fédérale d'Allemagne à la réunification, c'est-à-dire les Länder issus de l'ancienne Allemagne de l'Est, les Länder qui subissent les plus grosses difficultés liées à la réunification, les Länder où le chômage est le plus élevé et où quelquefois les deux extrêmes politiques se rejoignent au détriment de véritables idées. Mais confortés par l'élan populaire qu'ils ont réussi à soulever, certains des initiateurs de ces manifestations du lundi "2° génération" ont décidé de s'investir en politique sous l'étiquette générique de "Die Linke" (la gauche) derrière deux têtes de liste, Oscar Lafontaine et Gregor Gysi.

Le risque de faire du neuf avec du vieux est énorme. Oscar Lafontaine est un démissionné du gouvernement de Schröder, officiellement parce qu'il ne soutenait pas la politique de réformes de ce dernier, officieusement parce qu'il n'avait pas supporter d'être le "2° homme" du gouvernement.
Gregor Gysi est le patron de la PDS, le nouveau parti communiste allemand. Même s'il est un brillant orateur et use d'une rhétorique très convaincante, son parti ne s'est pas encore débarrassé de toutes ses vieilles casseroles et cela joue en sa défaveur.

Une 3° force ? Mais le paysage politique allemand est figé. D'un côté les conservateurs/libéraux et de l'autre, les sociaux-démocrates/verts. Peu importe les vagues de protestations aux réformes, l'émergence de cette 3° force n'est pas ce qui a provoqué ces élections anticipées, normalement prévues en octobre 2006. C'est la défaite des sociaux-démocrates dans ce qui était un de leurs fiefs électoraux au mois de juin au profit des conservateurs qui a poussé Schröder à cette décision. Reste-t-il de la place pour une nouvelle force politique ? "Die Linke", malgré ses casseroles socialistes et sa tête de liste opportuniste, réussira-t-elle à convaincre les électeurs déçus par le SPD ? Le fera-t-elle selon un discours populiste ou privilégiera-t-elle des idées alternatives ? Parviendra-t-elle à perturber un pouvoir politique détenu par deux partis, ou coalitions, comme dans beaucoup de pays européens ?

Qu´importe ce que sera le résultat, l´Allemagne est entrée en campagne électorale pendant l'été et comme les terrasses et les naturistes berlinois, les panneaux d'affichage ont fleuri dans toute la ville.

[glidas]
photos : Monica Rubbini

LOKALES**

** Faits divers

Die Wasserschlacht auf der Oberbaumbrücke

Chaque année, les alternatifs de deux quartiers voisins se donnent rendez-vous sur le pont séparant Kreuzberg de Friedrichshain pour une bataille potache sans merci… mais pleine d'humour…

Le but est de gagner le pont. D'un côté Kreuzberg, de l'autre Friedrichshain. Une tradition vieille de 12 ans. J'ai un an pour trouver des techniques et des idées d'armes fatales. J'en ai déjà quelques-unes : un vaporisateur de vinaigre, des bombes de farine, un lance-pierre pour mes œufs moisis...
Promis, l'année prochaine, c'est Kreuzberg qui gagne !

[gildas]

 

 

#01

#02

#03

#04

#05

#06