Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#6 G8 : PETIT MEURTRE ENTRE AMIS
AOUT.2007

En juin dernier, Mme Merckel invitait, quelques jours, les chefs d’Etat des 8 plus grandes puissances industrialisées du monde à se retrouver à Heiligendamm. Heiligendamm, petite station balnéaire de la mer Baltique très à la mode dans les années 20, se dévoilait au monde entier à l’occasion de cette rencontre. Mais très subrepticement parce qu’encore une fois les 8 étaient bien protégés des hurlements (de faim, de soif, de pauvreté, de chômage…) du monde extérieur.
Retour sur un G8 en terre allemande. Le dernier peut-être…

Printemps berlinois
La scène autonome allemande a passé un printemps surchauffé.
Ça avait pourtant commencé par un 1er mai plutôt bon enfant. Rendez-vous annuel de toutes les revendications : plus de travail, moins de flics, plus de pêche aux canards…
Quelques jours plus tard, la pression montait d’un cran : le Köpi, le plus grand squat de Berlin, était mis aux enchères. On avait senti le coup venir : construire un foyer pour personnes âgées en mitoyen à un squat où il se passe quelque chose de sonore 6 jours sur 7 reste la meilleure façon de le fermer. Construire un centre commercial, un nouveau pont dans une zone d’entrepôts et de vielles fabriques est la meilleure façon de donner de la valeur à un quartier. La gentryfication de Berlin progresse.
Quelques jours plus tard, ce sont des perquisitions, sans mandat, chez des individus et dans des squats à Hambourg et à Berlin qui font monter la température de quelques degrés supplémentaires. Les flics étaient à la recherche d’éventuelles informations sur des actions terroristes pendant le G8. Ils repartiront avec la collection complète des épisodes de Derrick, saison 3.
Tous attendaient donc la première semaine de juin avec la plus ferme impatience : les Danois venus protester contre la destruction de Ungdomshuset, les Italiens toujours pas remis de la mort de Carlo Giuliani, les Allemands verts de se faire ainsi provoquer.
Mais Rostock (grande ville la plus proche où avait lieu les protestations) ne devait pas seulement être le rassemblement des autonomes européens mais aussi de représentants d’ONG, de syndicats, d’associations de lutte pour un monde plus vert, plus juste ou tous vivraient en paix et en harmonie et loin des malversations et autre pollutions chimiques.
Tout rassemblement n’était pourtant pas été facilité. Autour de Heiligendamm, était érigée une barrière électrifiée de 12 kilomètres de long et 2,50 mètres de haut. 17.000 policiers avaient été invités à assurer la sécurité des Merckel, Poutine, Bush et autre Sarkozy et les manifestations prévues était annulées, sur ordre de la police, au fur et à mesure que leur date approchait.

Le G8
Néanmoins, près de 80.000 personnes ont réussi à rejoindre Rostock le samedi 1er juin pour pointer du doigt l’absence de légitimité d’une telle rencontre. En quoi cette rencontre est illégitime ? Les 8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, Italie, Japon, France, Royaume-Uni, Russie) représentent à eux seuls 15% de la population mondiale, 40% des droits de vote à la Banque Mondiale et 66,5% de l’économie mondiale. Une telle concentration des pouvoirs et des richesses peut-elle donner un avis clair sur l’avenir du monde ?

Même si ses participants sont des personnes élues démocratiquement, ils n’ont aucune légitimité à prendre des décisions ou à définir des orientations, réunies sous cette forme. Elles peuvent certes « identifier les mesures à prendre sur les grandes questions touchant à la mondialisation et favoriser leur mise en œuvre dans les organisations internationales compétentes » (selon la définition que se donne le G8) mais dans ce cas-là, pourquoi le débat n’aurait-il pas lieu directement dans ces « organisations internationales compétentes » ?
De cette rencontre informelle, mais néanmoins annuelle, sort un agenda de mesures d’aide au développement des pays du Sud, pour des mesures de lutte contre le changement climatique, pour l’installation d’un bouclier anti-missile en Tchéquie ou en Pologne… Toute une série d’annonces qui n’ont pas à être respectées mais qui sont une preuve de l’altruisme des plus grands.

Vers où ?
Encore une fois, la Brigade des clowns a fait son petit effet. Il n’y avait plus seulement attac et le porteur de drapeau du parti, retraité du régime d’Etat mais tout un panel représentatif des luttes européennes.
Cette semaine de juin 2007, à Rostock, la contestation de cette réunion a pris des formes variées : des manifestations, des blocages des deux routes d’accès à Heiligendamm, des conférences, des concerts, des expositions et des messes.
Jamais avant cela en Allemagne, le spectre politique et militant réuni pour la contestation d’un G8 n’a jamais été aussi vaste. Pour la première fois, l’Eglise coopérait avec un groupe anarchiste et Via Campesina côtoyait le syndicat allemand Ver.di. Au total, près d’une centaine d’organisations coopérait à cet événement.
Par ailleurs, même si les violences ont été très relayées nationalement et internationalement, celui qui était sur place a bien vu que leur place dans les médias a été largement exagérée. Certes, si le samedi en fin d’après-midi, la scène rappelait les pires moments de Seattle ou Gênes, dès le dimanche matin, les rassemblements pacifistes et constructifs reprenaient le dessus pour durer jusqu’à la fin de la semaine.

Mais vers où va-t-on ? Alors que Sarkozy nous affole avec des mesures magiques pour provoquer la « rupture ». Alors que Poutine et Bush sont à deux doigts de se taper dessus et de repartir vers une deuxième guerre froide. Alors que l’UE remet au goût du jour un projet de constitution non contente de l’échec du premier, la contestation, sous quelque forme soit-elle, peut paraître un peu vaine. Contre qui ? Contre ce rouleau compresseur inexorable, contre ces huit pays, contre les multinationales qui les soutiennent ? La Brigade des clowns s’accroche à son idée de changer le monde par l’humour, se protège des sprays au poivre d’un nez rouge et continue à tourner en ridicule tout ce qui pourrait ressembler à des excès d’autorité.

[gildas]


photos : Florent Schaeffer

 

 

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