Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#5 ANTIFA
JUIN.2007

Dans la petite bible de l'activiste Berlinois qu'est le Stressfaktor, il est frappant de voir le nombre de Soli-Party (en abréviation de solidarité), Soli-Démo en soutien à des causes antiracistes, antifascistes, anti-répression policière sur-dimensionnée, anti-guerres, anti-atomique, anti-discriminations, anti-patriarcat, ...
A la différence d'une France qui lève le poing en réaction à des propositions de loi, des décrets ou autres initiatives politiques jugées contraire un idéal humaniste, le militant allemand ne joue pas tout à fait sur le même front que les syndicats et prend ses banderoles et son mégaphone pour d'autres sujets.
Par conséquent, la scène antifasciste représentée en France par quelques associations est ici alimentée par nombre de collectifs organisés par quartier ou par ville et les manifestations qu'ils organisent sont autrement plus nombreuses.
D'une série de questions que j'avais posées à Mathias, activiste du mouvement Antifa de Göttingen dans les années 90', il n'est malheureusement rien ressorti, faute de réponses de sa part malgré mes relances nombreuses. Les autres antifas avec qui j'ai pris contact sont réticents aux interviews, trop habitués à voir leur discours faussement interprêtés. Jule de la Mobile Beratung gegen Rechtsextremismus de Berlin a finalement accepté.

Histoire du mouvement Antifa
A l'origine issue de l'Italie Mussolinienne, et adoptés par les allemands alors que Hitler commençait son ascension politique, le but est d'entre autre d'empêcher la propagation des idées d'extrême droite.
Dans les années 80, le mouvement fait son retour et devient indissociable du mouvement autonome. A partir de 1990, il se développe avec la création à Göttingen des Autonomen Antifa qui plus tard, s'organiseront à l'échelle de toute l'Allemagne. Aujourd'hui, il est impressionnant de voir le nombre de collectifs, locaux d'information qui fait aussi bien souvent office salle de réunions et librairie, groupes de gauche, bureaux d'aide et de soutien, journaux, radio, maisons d'édition... que contient l'annuaire de l`agenda édité depuis quelques années par le mouvement.
Faire cet article sur le mouvement Antifa allemand avait pour moi 3 éléments déclencheurs outre ma sensibilité politique à ces questions :
- "la Neue Deutsche Welle" -1- et le nouveau patriotisme allemand qui s'est manifesté pendant la coupe du monde en juin 2006,
- l'entrée du NPD (National Partei Deutschland, parti néo-nazi allemand) dans des parlements régionaux et locaux,
- l'approche du G8 de Heiligendamm (juin 2007).

"Neue Deutsche Welle"
L'Allemagne peut-elle développer un sentiment patriotique naturel, sain et non-agressif (à la différence du nationalisme) au regard de son histoire ? C'est la question que ce sont posée les Antifa pendant la dernière Coupe du monde allemande.
L'Allemagne commence le tournoi sans réel soutien populaire. Les fans de foot regarderont le foot, les autres iront se baigner au lac, comme toujours. Le sélectionneur allemand est brancardé dans la presse, les joueurs sont meilleurs au baby-foot, bref, les critiques fusent.

Mais l'équipe joue et est toujours présente à mesure que le tournoi avance et l'intérêt populaire s'accroît. Ca s'est passé en France en 98, ça s'est passé au Japon plus tôt et en Italie encore avant. Rien d'exceptionnel me direz-vous... Euh... si.
Les drapeaux allemands fleurissent au fenêtres, leurs vendeurs sont depuis partis en vacances longue durée tant leur commerce était prospère. Le patriotisme allemand est bel est bien là. Mais est-il dangereux? Comment l'interpréter? Est-ce un premier pas vers l'extrême droite, l'émergence d'une nouvelle position conservatrice ou alors un sentiment qui va et ira toujours de pair avec le sport (le supporteur est pour l'équipe qui représente son pays et le montre par la couleur de la teinture de ses cheveux, sa perruque afro, son tee-shirt ou ses sous-vêtements).
"Le nationalisme est la construction du nous", dit Jule de la Mobile Beratung gegen Rechtsextremismus de Berlin, "la construction d'un commun, d'une communauté. Quand le nous créé recherche la domination de l'autre, cela devient du patriotisme".

Brise un tabou
L'extrême droite est devenu un mouvement social. Ce ne sont plus seulement des partis politiques ou des pantins perdus dans leur détresse personnelle. Aujourd'hui, et depuis plusieurs années, les idées d'extrême droite et néo-nazies sont véhiculées par des associations, des collectifs, des groupes de musiques et quelquefois par des événements sportifs comme celui qui a eu lieu récemment en Allemagne. La définition devient floue, le visage du militant aussi, et, par conséquent, les moyens pour les combattre de plus en plus difficiles à déployer.
L'extrême droite aux parlements régionaux et locaux
"Pour autant, aucun amalgame n'est à faire entre cet élan patriotique et l'entrée aux élections régionales et locales dernières de représentants du National Partei Deutschland (NPD) dans 2 parlements régionaux (Mecklenburg-Vorpommern, Sachsen-Anhalt) et dans 4 parlements de quartier (Lichtenberg, Treptow-Köpenick, Marzahn-Hellersdorf), le tabou de l'extrême droite allemande est bel et bien brisé et le Parti a gagné beaucoup d'argent qui lui permet une présence accrue", continue Jule.
Le NPD a été aidé pendant la campagne électorale par des groupuscules néo nazis qui avaient pourtant été interdits à Berlin en 2005 mais des membres encore actifs se sont clandestinement regroupés, ont organisé des manifestations et des campagnes d'affichages. Et, "il y a deux-trois mois, les groupuscules néo nazi ont fait pression auprès de la fraction du NPD (Ndlr: à partir de 3 représentants d'un parti représenté au parlement, une fraction est créée) pour obtenir, en contrepartie de leur aide pendant la campagne électorale, un financement pour l'ouverture d'un centre de jeunes". Ainsi, les néo nazis sont passés de la rue au Parlement par l'intermédiaire du NPD.

[gildas]


LOKALES**

** Faits divers

Göttigen

J'étais à la manifestation de samedi 13 mai 2006 à Göttingen. L'appel lancé pour cette manifestation était d'empêcher une manifestation néo-nazie. Parce que nous étions environ 20 fois plus nombreux qu'eux, ils ont dû se satisfaire d'un rassemblement sur le parvis de la gare avant d'être invités à reprendre la train vers chez eux.
Je n'aurai vu aucun néo-nazi (et c'est tant mieux) mais j'aurai vu des policiers en nombre impressionnant. Le cortège était accompagné par deux rangs de policiers casqués, armés de matraque et de cameras, ceinturés de bombes lacrymogènes... Un déploiement qui m'a paru un peu sur-dimensionné.
La deuxième remarque que je me suis faite est le degré de provocation dont la police a fait part à l'égard des manifestants. Régulièrement, les policiers qui marchent à côté des manifestants baissent la visière de leur casque, s'affolent et courent à la queue leu leu en direction de l'avant du cortège de manifestants. L'effet produit est immédiat : tout le monde pense qu'il se passe quelque chose à l'avant du cortège (échauffourées avec la police, rencontre avec quelques militants d'extrême droite échappés de leur réserve...) et se crispe un petit peu plus. En fait, il n'en est rien. Les messages au mégaphone répètent que tout du long du cortège, tout est clame et qu'il ne s'agit que de provocations policières auxquelles il ne faut pas répondre.
La troisième remarque, qui est en fait une difficulté, arrive en fin de manifestation. Ce cordon policier devient un barrage infranchissable, les manifestants se retrouvant ceinturés. Pour sortir, il faut montrer patte blanche et surtout subir le bon vouloir du policier qui est en face. Quelques personnes franchissent le barrage mais quand ton tour arrive, ce n'est plus un lieu de sortie. La sortie est désormais à l'autre bout. Tu y vas mais il se ferme juste devant toi. Tu en trouves un autre qui lui aussi se ferme. La technique de dispersion des manifestant est simple : filtrer les manifestants au compte-goutte pour éviter que la manifestation ne reprenne une fois le cordon policier passé. Montrer ses papier d'identité permet aussi de passer le cordon plus vite...

[gildas]

 

 

 

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