Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#3 UNE MAISON OCCUPEE
JANVIER 2006



Les squats berlinois se sont construits sur un modèle tellement alternatif qu'ici la démocratie veut vraiment dire quelque chose. Quelquefois, pour faire un article, ça peut prendre du temps. Pour celui-là, ça aura mis un mois.
J'ai rencontré Reinhold à une projection sur la Bethanien Haus, un ancien hospice transformé en centre culturel municipal (école de musique...) sur lequel plane la menace d'une privatisation. Un des bâtiments annexe mais indépendant du centre culturel est occupé par la Rauchhaus depuis 1971. C'est une maison que tous les gens intéressés par la culture alternative et les "squats" connaissent de sa longévité, du fait qu'elle initiait une nouvelle façon de vivre ensemble et lançait un mouvement qui a pris une importance dans les années qui ont suivi.
Pour les fêtes, ce ne sont pas les meilleurs...
Rencontre avec Marianne, Reinhold et Carsten à la Rauchhaus.

La Georg von Rauch Haus
"En décembre 1971, il y a eu un concert à la Technische Universität de Berlin. C'est Ton Steine Scherben qui joue. A la fin du concert, ils lancent un mouvement pour aller occuper le n°1 de la Mariannenplatz. En août, le n°13, une ancienne usine avait déjà été occupée. C'était le premier mouvement d'occupation de maison en RFA", commence Marianne. La Rauchhaus sera la seule des deux à perdurer aujourd'hui. L'usine a été démolie et remplacée par un immeuble de logements.
"La maison était vide et quand une maison était vide, elle risquait d'être détruite" dit Carsten. "Elle faisait partie d'un ancien complexe hospitalier. A l'époque, Berlin souffrait de spéculation immobilière, de scandales financiers et de scandales politiques. Juste après Mai 68 et le mouvement étudiant, des jeunes voulaient partir de chez leurs parents, mais ne pouvaient pas se permettre de payer les cautions que leur demandaient les propriétaires". Dans le même temps, un mouvement d'occupation et d'appropriation de bâtiments vides pour des projets de vie alternatifs débutait aux Pays-Bas. "Les ouvriers rencontraient les mêmes difficultés pour se loger. Le mouvement Hippie était fort à Berlin comme ailleurs. Vivre en communauté était aussi un engagement politique alors que l'Allemagne de l'Ouest reproduisait le modèle occidental capitaliste et individualiste" continue Carsten. Alors en décembre 1971, le n°1 de la Mariannenplatz est devenu la Rauhhaus du nom de Georg von Rauch et est habitée depuis par 35 personnes. Georg Von Rauch était un activiste du "Mouvement du 2 Juillet". Il était recherché par la police qui l'a tué quelques temps avant l'occupation de cette maison qui a pris son nom.
"La Rauchhaus n'est pas un squat, c'est une maison occupée", disent les trois. "Ses occupants se sont organisés en association et ont très vite signé un contrat avec la municipalité de Berlin. Tous ses occupants devaient avoir une activité : soit aller au lycée, à l'université, soit faire un apprentissage, soit travailler" explique Marianne. "Le contrat spécifiait que les occupants rénovaient le bâtiment en échange de son habitation. Ce contrat n'empêchait pas les descentes de police assez musclées, les perquisitions et les rafles". Le loyer des chambres (de 16 à 50m2) est calculé selon les mètres carrés de l'appartement. Il est divisé en deux parties : paiement des charges communes (eau, électricité, gaz...) et caisse commune pour l'entretien du bâtiment qui est assuré par ses habitants.

Les questions d'aujourd'hui
"Après une période creuse où les occupants profitaient d'avantage des loyers peu élevés au détriment de la vie et de l'entretien du bâtiment, l'arrivée de nouvelles personnes depuis 5 ans fait que le projet social et culturel du lieu est relancé. Elle propose à nouveau des activités aux jeunes, organise des événements culturels, a des studios de répétition, fait deux VoKu hebdomadaires (soupe populaire), un marché aux puces mensuel et s'ouvre à l'extérieur pour des fêtes, des Soli-Party (fêtes en solidarité à une cause politique) et des concerts", explique Reinhold.
"Nous avons également une Gastzimmer (chambre d'amis) que tout le monde peut louer de quelques nuits à deux semaines" . Le prix est modique et elle est plutôt grande.

"La Rauchhaus ne vit plus forcément comme une communauté", reprend Reinhold (tout le monde possède sa cuisine dans son appartement - mais les sanitaires restent partagés). "Il y a des gens ici à qui je n'ai pas grand chose à dire et d'autres avec qui le courant passe mieux, mais on est tous d'accord pour faire de cette maison un lieu ouvert sur l'extérieur, quelque chose qui fait partie du paysage à Berlin et qui doit perdurer". Le fonctionnement de la maison et les décisions engageant tout le monde (organisations de fêtes, de concerts, dépenses d'entretien, demande de nouveaux d'habiter dans la maison, départ de fauteurs de troubles...) sont prises lors du Plenum hebdomadaire du jeudi à 19h. Si vous voulez louer la chambre d'amis, il y a une procédure simplifiée.
"Relancer les activités socio-culturelles et l'ouverture sur l'extérieur s'impose alors que les dépenses municipales pour les jeunes, le social et la culture diminuent. Par ailleurs, Kreuzberg connaît un certain embourgeoisement de la population (même s'il reste un quartier multi-culti) et la pression immobilière se fait plus forte, deux facteurs qui pourraient handicaper la survie de la Rauchhaus" dit Carsten.

Le contrat avec la municipalité de Berlin arrive à terme dans deux ans. Il était signé pour cinq ans. D'autant que le bâtiment principal de l'ancien hôpital est désormais un centre culturel sur lequel flotte une menace de privatisation. "Si la Bethanien Haus est privatisée, la pression sur la Rauchhaus s'accroîtra" ajoute Carsten. "Ce n'est pas aussi systématique" pour Marianne : "Pour le moment, la ville de Berlin aime bien la Rauchhaus et voit d'un bon oeil la relance de nos activités". En plus, un comité de soutien au cas où le vent changerait est créé : "Il est plus facile de virer 35 personnes que de virer 35 personnes et un comité de soutien qui en compte 500" continue Marianne.
Donc, a priori, pas de risque que la Rauchhaus subisse le même sort que la Yorck59 qui s'est fait expulsée cet été et qui occupe désormais un autre bâtiment de l'ancien hôpital. "La situation de la Yorck59 n'est pas la même que celle de la Rauchhaus : ils occupaient un bâtiment appartenant à la ville sans contrat. La ville l'a vendu à un propriétaire privé qui leur a demandé de payer un loyer. Il ont refusé et ils se sont fait virer".

Logique...
La Rauchhaus a encore un toit à refaire, la nouvelle peinture du couloir et les chiottes du fond à réparer donc quelques années devant elle. "Pas mal de nouveaux sont arrivés avec l'envie de faire des choses, de prendre un nouveau départ". Ils auraient aussi besoin d'un nouveau Dj.
S'en suit une séance photo du seul candidat dans sa modeste demeure, une balade dans les couloirs et une invitation à leur soli-party du 10 décembre puis une discussion sur la jeunesse d'aujourd'hui dont les vieux diront qu'elle est rivée sur sa Playstation, qu'elle regarde trop la télé et qu'elle prend trop de drogue et dont les jeunes s'inquiéteront d'un tel amalgame en regrettant que les jeunes d'avant soient devenus de tels vieux schnoks...

Grand merci à Marianne, Reinhold et Carsten

Georg von Rauch Haus
Mariannen Platz 1A
10997 Berlin

Pour réserver votre chambre lors de votre prochain séjour à Berlin : georg_v_rauchhaus@gmx.de

LOKALES**
Die Wasserschlacht auf der Oberbaumbrücke

** Faits divers

Je me suis essayé à la photo de nuit et : j'ai pris des balcons décorés. C´est une sélection des meilleurs, les candidats à la photo étant trop nombreux. Je suis déçu, il n´y en a pas qui ont écrit le nom de leurs enfants en guirlande…

[gildas]

 

 

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