Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#2 TOO MUCH FUTURE
OCTOBRE 2005


Fresque peinte sur le Mur de Berlin (photo : Cyril)

Berlin. Le 3 octobre, c'est la fête nationale allemande. Ici, pas de départ en vacances, plutôt le signal qu'il faut sortir les vêtements d'hiver. Un jour férié comme on préférait en avoir en été. Et là, on remercie nos ancêtres d'avoir pris la Bastille en plein mois de juillet, nous donnant ainsi le signal pour partir en vacances. Quoiqu'il en soit, ici c'est le 3 octobre. De 1989 ou 1990 ?
Le mur est tombé le 9 novembre 1989. Manque de chance, c'est aussi la "nuit des long couteaux" où les SS ont incendié des synagogues, premier pogrom nazi contre les juifs en 1938. Mal choisi pour une fête nationale. L'ambivalence de cette date a fait que les Allemands ont préféré le 3 octobre 1990, date de la réunification politique entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l'Est.

"Le 9 novembre 1989, j'étais dans une cave de la "Umweltbibliothek" (Bibliothèque de l'environnement) où se trouvait la rédaction et l'imprimerie du "Telegraph". En automne 89, c'était le plus important journal d'opposition de Berlin-est. Le 9 novembre, on finissait un nouveau numéro".
C'est Dirk Teschner qui parle, un des organisateurs de l'expo "ostPUNK - Too much future. Punk in der DDR 1979-1989" qui s'est tenue à Berlin pendant le mois de septembre, mais aussi un activiste de la scène punk est-allemande avant la chute du mur. L'exposition montrait des peintures, des dessins, des photos, des collages, des objets et des éléments divers de la pop-culture (badges...). En plus, on pouvait entendre des enregistrements originaux et forcément rares de quelques groupes punk de RDA. C'est notre façon à nous de parler de la réunification.
On avait prévu de se rencontrer dans un endroit qui, pour lui, symbolisait cette époque et cette situation. Finalement, à force de remettre cette rencontre, elle ne s´est pas encore faite et on aura uniquement échangé par mail.
"Too much future" alors qu'à la même époque en Angleterre, "No future" signifiait plutôt la résignation des punks anglais plongés, notamment par dame Tatcher, dans la misère sociale.
" "Too much future" n'était pas le slogan du mouvement punk est-allemand. Nous avons choisi le titre de l'exposition afin d'attirer l'attention sur la différence entre le punk est et ouest allemand. En RDA, il n'y avait pas de problèmes sociaux pour les individus, en revanche l'Etat planifiait trop leur vie - c'est notamment à cela que s'opposait le punk."

Deux situations différentes mais l'une pas forcément enviable à l'autre. D'un côté une dictature socialiste surprotectrice, de l'autre, un Etat qui se désengage très largement de la vie de la gouvernance d'un pays. "Too much future" parce qu'à cette époque et dans le milieu punk est-allemand, il y avait une soif d'idéal, une volonté de changer les choses, une envie d'exprimer un avis divergent à la doctrine "-sans voir la RFA comme une alternative", prévient Dirk.
"Le punk n'a pas eu de grande influence sur la société. Le punk n'a pas causé la fin de la RDA mais il y a contribué". Existant comme une sous-culture au départ, le punk prend petit à petit une importance dans la contre-culture à la culture officielle et devient un mouvement pas uniquement musical mais artistique et voire plus : "Le punk était un mode de vie, une nouvelle façon de vivre ensemble, il en sortait une nouvelle musique, un nouvel art, des films différents. Il y avait un échange fructueux et réciproque entre quelques punks et artistes. C'est l'expressif et l'impulsif qui influençaient la scène artistique indépendante du régime. Puis, quelques artistes ont facilité la tenue d'expositions, etc. pour des punks".

Alors "la culture officielle de la RDA a essayé de détruire la radicalité du mouvement punk" soit en les intégrant, soit en renforçant le contrôle. "En 1984, un ordre de la sécurité d'Etat voulait résoudre "le problème des punks". Il y avait régulièrement des arrestations dans la rue, des perquisitions sans mandat, des surveillances, des mesures policières contre le public des concerts. En 1984, on ciblait les punks pour les arrêter, les obliger à s'engager dans l'armée ou on s'en débarrassait en acceptant leur demande d'immigration en RFA. C'est pour cette raison que les concerts de punk étaient organisés pour la plupart dans des locaux paroissiaux." L'Eglise protestante a joué un rôle majeur dans la résistance à la doctrine socialiste. Dirk précise : "Là-bas, l'Etat n'y avait aucune influence ni aucun contrôle".

Le rapprochement avec des artistes pas forcément musiciens a fait que "parfois, on essayait aussi d'organiser des concerts punks lors de vernissages d'expo dans les ateliers d'artistes indépendants."
Dans ce contexte de "Punk=sous-culture, parti=dictature", le mouvement ne pouvait que rester confidentiel : "Au début, les enregistrements de cassettes de groupes punks étaient copiés et diffusés de la main à la main. Plus tard, il y avait quelques micro-labels de cassettes." Mais le plus important était ailleurs : "Le punk était la forme la plus radicale de distinction et de rébellion. Quand il y avait des manifestations de soutien aux opposants au régime, il y avait toujours, jusqu'en 1989, des concerts de punk. C'était aussi le refus de la scène hippie et de la vague disco."
Le punk est politique alors ? "Le punk de la RDA a toujours été politique, peu importe s'il voulait l'être ou pas. Un punk pouvait décider de ne plus être punk, mais celui qui continuait à se définir en tant que tel avait automatiquement des problèmes avec le régime." S'affranchir à la fois de la doctrine du "Socialisme réaliste" de l'Etat et de celle du marché, subir la surveillance incessante, les pressions, les menaces de la Stasi, c'en était trop pour certains. Attirés par les foudres de la culture officielle, certains groupes ont décidé de sortir des caves et des ateliers d'artistes. "Certains musiciens issus de la scène punk voulaient jouer officiellement et cherchaient à gagner de l'argent. Cela allait de pair avec la tentative de la culture officielle de la RDA de détruire la radicalité des punks en les intégrant. Très peu de groupes obtenaient la permission de l'Etat de jouer officiellement. Il leur fallait changer de nom et supprimer les paroles qui critiquaient le régime. Comme ça, ils passaient à la radio et pouvaient jouer dans des Jugendclubs (MJC)."
Dans la partie qui a refusé d'intégrer la culture officielle jusqu'en 1989, "il y avait bien deux scènes différentes qui se sont en partie entrecoupées. L'une s'est plutôt voulue politique, l'autre artistique. La seconde a émergé via ses différents avec la politique culturelle de l'Etat dans des domaines aussi variés que la musique, l'écriture, le cinéma, la peinture, etc. Les vrais groupes de punk qui sont restés dans l'underground sont inconnus, encore aujourd'hui, des jeunes de la RDA".

LOKALES**
Die Wasserschlacht auf der Oberbaumbrücke

** Faits divers


le Köpi : vue générale (par Cyril)


Affiche pour les 12 ans (par Gildas)


le Köpi : le bar (par Gildas)


le Köpi : l'entrée (par Cyril)

Le Köpi, le plus grand squat punk de Berlin, fête ses 12 ans. Un ami, ennuyé par tant d'anniversaires, me dit que l'année dernière, il fêtait déjà leurs 15 ans ! Comme quoi, l'abus d'alcool est vraiment dangereux pour la santé…

[gildas]

 

 

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