Steh Auf Berlin (Debout Berlin), est une chronique de la vie sociale, culturelle et politique berlinoise. Elle a pour but de nous faire découvrir cette ville de l'intérieur, de nous faire voyager, de nous faire comprendre ce qui passe dans cette capitale différente des autres.

#4 OSTALGIE
AVRIL 2006

Neues Deutschland - Sozialistische Tageszeitung.
Quotidien inter-régional qui était un des organes centraux du Parti socialiste est-allemand (SED) jusqu'en 1989. Aujourd'hui, il essaie de s'ouvrir à un nouveau lectorat, plus jeunes dans la mouvance altermondialiste, mais il est toujours associé à la RDA par l'ancien lectorat. Son objectif aujourd'hui est de faire du "vrai" journalisme sans perdre l'ancien lectorat.
Martin y est rédacteur depuis quatre ans. Il tient la rubrique musique et littérature. Berlinois de l'Est depuis toujours.

La Ostalgie
"La Ostalgie est une contraction entre Ost (Est) et Nostalgie. Le mot est apparu il y a cinq-six ans environ et le sommet a été atteint il y a deux-trois ans avec le film Goodbye Lenin. On est dans un bar à Friedrichshain, Tagung. Les camarades Lénine, Kroutchnev et Honecker nous écoutent et des drapeaux rouges s'étalent sur les mûrs à côté d'un Preistafel est-allemand affichant une bière à 15 ost-pfennig (5 centimes).
"La Ostalgie est surtout un sentiment. Les Allemands de l'Est ont eu l'impression à un moment de vivre dans un monde nouveau, un autre système social, dans une autre ville, dans un monde qui fonctionnait autrement que le leur. La Ostalgie est un sentiment proche du mal du pays. Le sentiment que quelque chose vous échappe alors on s'attache aux bons souvenirs et on oublie les mauvaises choses".
Mais comment expliquer alors que la Ostalgie peut également toucher des allemands de l'Ouest ? "Ce sont deux choses différentes. Dans un cas, on parle d'un sentiment, un sentiment communautaire, de souvenirs, d'idéalisation des souvenirs, d'une idéalisation d'une époque dont on est sûr et certain qu'elle est révolue. Dans l'autre, il s'agit d'une mode, d'une fascination pour une époque, d'un attrait commercial avec une pointe d'ironie.".

"Lieber Kohl als kein Gemüse"
"Préfère (Helmut) Kohl (qui se traduit par "chou") à pas de légumes."
"Le Mur de Berlin est vraiment tombé à la surprise générale : les manifestations du lundi réunissaient surtout des gens qui réclamaient plus de libertés, un meilleur niveau de vie. C'était pour faire changer l'Est pas pour rejoindre l'Ouest. On cherchait un troisième chemin, on ne voulait pas rentrer dans le système ouest-allemand et occidental".
Et quand le Mur tombe en octobre 1989, l'Allemagne de l'Est tombe dans une profonde dépression. "Je me rappelle de Noël 1989, deux mois après la chute du Mur. Discours de Kohl à la télé et ma mère dit : "Maintenant, ça ne va plus durer longtemps. On va rejoindre la RFA". Et tout le monde de lui dire : "Mais t'es folle ! ". En mars 1990, les premières élections démocratiques de RDA sont remportées par les deux partis qui mettaient en tête de leur programme la réunification. Cet évènement a fait de la réunification des deux Allemagnes une idée concrète pour tout le monde. Commence alors l'arrivée des "arrogants Wessies" qui occupent tous les postes importants. "La confiance en soi des Allemands de l'Est est en chute libre avec la réunification. Tout ce qui venait de l'Est était mauvais donc les hommes qui étaient restés à l'Est et qui n'avaient pas eu le courage de partir l'étaient aussi".


Alors cette impression d'être des Allemands de deuxième classe, d'entendre que l'Est coûte cher à l'Ouest et les difficultés économiques ont provoqué ce retour d'un sentiment communautaire des anciens de la RDA.
"Pour les Polonais et les Hongrois qui sont sortis du bloc de l'Est à la même époque, la situation était différente. Ils devaient certes aussi tout reconstruire, mais par eux-mêmes et ils n'avaient pas cette impression d'être regardés, dégradés, d'être inférieurs comme les Allemands de l'Est l'avaient par rapport aux Allemand de l'Ouest. Il fallait trouver une nouvelle identité à la fois dans l'autre et à côté de l'autre. La naissance de ce sentiment communautaire est certainement également venu de là".

Le 3°chemin
Rejoindre le voisin occidental n'était pas le but, et la prospérité économique et le bonheur social se sont confirmés être des mirages. La question de ce troisème chemin se pose à nouveau. "Les Altermondialistes et les Ostalgiques ont des points communs dont le nouveau Links Partei (nouveau parti de gauche allemand) aimerait bien en faire sa part de gâteau dans un pays divisé entre conservateurs, libéraux, démocrates et verts, en se rapprochant du PDS, ancien SED (parti socialiste et parti unique de la RDA). Mais même si les dogmatiques du SED sont partis en exil avec Honecker, le PDS continue à traîner ses vieilles casseroles socialistes l'empêchant de s'ouvrir à des têtes, des idées et des discours trop nouveaux.
Il reste les idéalistes du PDS et le Links Partei. "Les vieux lecteurs de Neues Deutschland n'acceptent pas que la société ait changé". Ca rappelle un peu l'Huma qui voudrait s'attirer un nouveau lectorat après avoir été l'organe officiel du Parti le plus stalinien d'Europe.

La fin de la Ostalgie
Mais la Ostalgie n'a rien d'un mouvement politique. Elle n'est que ce sentiment qui a commencé il y a cinq-six ans et dont le sommet a été atteint il y a deux-trois ans. "La Ostalgie est désormais finie. Les ex-Allemands de l'Est n'ont plus de raisons de s'identifier par rapport à leur passé, à essayer de s'accrocher à ce sentiment communautaire. Aujourd'hui, dans n'importe quelle entreprise ou administration, Ossies et Wessies travaillent ensemble". La catégorie Ossies/Wessies est désormais une catégorie parmi tant d'autres.
"Il reste néanmoins toujours une différence entre les votes de l'Est et de l'Ouest, mais elle tend à baisser au profit d'une différence Nord-Sud : Nord rouge (social démocrate), Sud noir (conservateur)". Même les couleurs n'ont plus de sens...
Il reste la Ostalgie commerciale et les bars à la mode, les tee-shirts avec les Ampelmännchen. "Mais ça, c'est une facette de l'Ouest. Ce bar essaie d'être un musée, mais l'histoire est trop récente. Du coup, ça donne une touche ironique. C'est le côté mode du truc. S'il existait avant, il n'était sûrement pas comme ça. Je le connais depuis 92-93. Il y avait des lectures de la Chaussée des Enthousiastes dans la cave minuscule". Et la littérature en RDA pourrait être un autre sujet pour un article. Comme une rencontre avec Klaus Koch, le boss de Buschfunk ("sous le manteau") qui aime bien parler de toutes ces histoires ou bien le rôle des églises alors que la RDA avait presque réussi à créer un Etat athée.


Merci à Martin.


Die Tagung
Wühlischstraße 29 - Berlin Friedrichshai

LOKALES**
Die Wasserschlacht auf der Oberbaumbrücke

** Faits divers

Venez découvrir en hiver les endroits que vous avez aimés cet été.
Enfin, là c´est trop tard, mais l´hiver prochain, on remet ca !

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