Le show de
ce soir a lieu dans une salle que je ne connais pas. Apres l'Emo's et
l'Austin Music Hall, me voila au Stubb's BBQ, un endroit d'une assez
grande envergure avec bar-restaurant à l'interieur et une assez
grande scène à l'extérieur. Température
parfaite. La nuit est étoilée et elle s'annonce brillante.
Début pourtant irritant avec le one man band END. Un ordinateur,
des tables pour jouer avec les sons et c'est parti pour 30 minutes d'electro
jungle rock fourre-tout. Le gars est penché sur son ordinateur,
il dodeline de la tête sur ses beats. Ça n'a pas grand
intérêt. Fuck laptop bands !
Sans être un fan de MELT BANANA, je suis ravi de voir enfin ces
japonais à l'œuvre pour nous présenter leur cinquieme
album "Cell-Scape". Premier bon point, le son est bon. Le
deuxieme vient sans conteste de la prestation de l'unique guitariste
- sorte de Lee Renaldo sous-amphetamine avec un jeu noisy precis et
super efficace. La rythmique assure une cadence punk hardcore très
bien huilée et très entrainante. Énergique, puissant
et particulierement carré, je prends un grand plaisir devant
ce set sans fioriture. La chanteuse avec son timbre tres aigu apporte
une touche agressive dans le bon sens du terme. 30 minutes, c'est pesé
et emballé. Less is more. Noise Japonaise gagnante sur une sortie
triomphale. Le programme minuté de la soirée ne laisse
aucun espoir pour un rappel. Dommage !
Le public s'est étoffé et, en connaisseur, il est venu
saluer les quatre monstres de foire. A ma gauche, presque caché
par une impressionnante batterie, Monsieur Dave Lombardo, l'incontournable
frappeur de Slayer. Au centre avec sa tignasse feu d'artifice, l'imperturbable
Buzz Osbourne, guitariste en chef des Melvins. Plus petit, casquette
vissée sur la tête, Trevor Dunn, bassiste au service de
Mr Bungle. A ma droite, les cheveux lisses en arriere, Mike Patton encerclé
de micros et de claviers. J'ai une admiration toute particulière
pour la tête pensante et délirante de FANTOMAS. Le bonhomme,
toujours aussi passionné et aventureux, a fait du chemin depuis
ses débuts avec Faith No More. L'émotion est là,
mais elle prend vraiment forme avec l'ouverture leonesque de leur show.
La musique du Parrain explose ! Heavy et déjà démoniaque !
La suite est une sorte de bande-son ambiante mais maléfique dans
l'esprit du dernier album "Delirium Cordia". Ce medley inquiétant
pioche subtilement dans leurs trois productions et ne propose presque
aucun break… ou comment cauchemarder debout et les yeux ouverts.
Le groupe fonctionne un peu comme un orchestre sauf qu'il y a ici deux
chefs : Patton et Lombardo. Osbourne et Dunn sont extrêmement
concentrés sur les faits et gestes des deux conducteurs…
ne laissant rien à l'improvisation. On assite le plus souvent
à des snapshots bruitistes et humoristiques, mais je reste convaincu
que FANTOMAS excelle davantage dans le schéma "traditionnel"
d'une chanson. L'attitude figée des deux guitaristes contraste
avec la grosse énergie du glousseur et du percussioniste. Sans
parole mais jamais à court de coups de théâtre,
le quartet cherche constamment à tirer le maximum de sa musique
et jubile dans ses grands écarts artistiques. Tantôt ultra
heavy, tantôt berceuse, tantôt death metal, tantôt
musique de cartoons… le tout enveloppé de claviers sombres
et imprévisibles. Une heure plus tard, FANTOMAS se retire sur
la pointe des pieds non sans oublier de saluer le public. Les sifflets,
cris et applaudissements les rameneront pour un rappel d'un titre trop
court bien-sûr. Très bon concert. Original et d'une efficacité
intéressante. FANTOMAS m'a plu et m'a incité à
me replonger dans ce dernier album qui, il y a quelques mois, m'avait
assez déçu. C'est toujours un énorme plaisir quand
un groupe se révèle plus excitant sur scène que
sur album… n'est-ce pas ce pour quoi les concerts sont faits ?
[ChRisA]