BD. La Montagne d’encre est très différent de ce que Nicolas Debon a réalisé jusqu’ici et marque clairement une rupture avec ses récits précédents. L’auteur a visiblement eu besoin d’une parenthèse artistique, d’une récréation. Une pause graphique pour se ressourcer et se repenser. Alors il est allé dans les Vosges et s’est immergé dans ses montagnes. Et il a laissé pinceaux et crayons faire le reste. Il a dessiné les ballons pris dans les brumes, les rapaces planer, les écureuils gambader. Il a saisi l’apparition des bourgeons, l’arrivée de la neige, l’irruption de la pluie. Il a capturé les nuits étoilées, la solidité des blocs de gré, le vol des papillons. Des dessins magnifiques, odes à la nature qui nous entoure et dont on oublie parfois la beauté, et l’importance !, qu’il organise en saisons pour rappeler l’impermanence et la fragilité de toutes choses. Qu’il a ensuite accompagnés de narratifs poétiques extraits (ou influencés) d’œuvres de Lao Tseu, Tchouang Tseu, Hokusai ou Shitao (dont l’auteur propose la reproduction de certaines des œuvres, accompagnées de quelques explications sur les influences du récit et sa genèse en postface). Car à la manière de ces artistes chinois et japonais, Debon a voulu proposer une sorte de poème graphique qui évoque le cycle de la vie à travers les saisons, la majesté de la montagne ou encore la notion de vide. Cela donne ce récit très contemplatif, et donc vraiment singulier, beau et poétique. Une sorte d’appel à se rapprocher de la nature qui ne parlera probablement pas à tout le monde, notamment aux plus terre à terre des lecteurs…
(Récit complet, 176 pages – Dargaud)



