SAISONS ROUGES (Moutte)

BD. Tokyo, 1969. Des groupuscules d’extrême gauche étudiants s’organisent dans les facs pour combattre le capitalisme et la bourgeoisie. Après avoir lancé des manifestations, ils décident de passer à la vitesse supérieure en mettant des bombes devant l’ambassade américaine ou un commissariat…Alors que certains de leurs membres commencent à se faire arrêter, ils choisissent de s’inspirer de la résistance française et prennent le maquis dans les Alpes japonaises. Après que les organisations principales aient fusionnées pour fonder la Ligue pourpre unifiée, leurs chefs, Yuko et Bunta, décident d’y entraîner leurs membres pour qu’ils soient prêts pour la révolution. Et devant les hésitations et ce qu’ils considèrent être un manque d’enthousiasme de certains, ils durcissent les règles de vie : les relations amoureuses au sein du groupe seront désormais interdites ; chacun, quand il commet une erreur, devra être capable de faire son auto-critique devant tout le monde et toute désertion sera punie de la peine capitale…

Inspiré de faits réels et notamment de l’affaire du Chalet Asama, Saisons rouges nous plonge dans le combat mené par l’extrême gauche japonaise au début des années 70. Influencée par Mao et la révolution culturelle chinoise, elle aspire à former une armée révolutionnaire communiste pour combattre le capitalisme mondial. Des idéaux (mettre un terme à l’expropriation des paysans ou à l’exploitation des ouvriers…) qui peuvent attirer de prime abord les sympathies mais Bunta et Yuko, les chefs, s’enfoncent rapidement dans des dérives autoritaires aussi injustes que brutales qui verront nombre des membres de la Ligue pourpre unifiée mourir…

Isao Moutte, que l’on avait déjà beaucoup aimé dans Clapas, raconte cette plongée dans la radicalisation idéologique avec sobriété (à l’image de son dessin noir et blanc, à l’encre de Chine et au feutre, pas vraiment spectaculaire mais ô combien précis et expressif) mais grande efficacité, l’auteur laissant les faits, aussi tragiques que marquants, parler par eux-mêmes. Un récit coup de poing (que l’on espère salutaire…) qui pointe du doigt les dangers de l’extrémisme politique !

(Récit complet, 240 pages – Sarbacane)

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