BD. Berlin, 1932. Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire, ce qui lui laisse pas mal de temps libre. Il entend bien en profiter pour sortir, faire la fête et des rencontres. Ce n’est pas quelqu’un de politisé, d’ailleurs quand son patron lui fait part de la volonté du Parti démocrate allemand de travailler avec eux, il ne se montre pas très enthousiaste. Une soirée passée avec Rudy Gantz, un homme dont il a sauvé la vie et qui l’a invité dans un bar pour le remercier, va lui faire voir les choses différemment. Car l’homme est membre du parti national socialiste qui a le vent en poupe et commence à s’en prendre ouvertement aux Juifs…
Comme dans le roman Vers l’abîme d’Erich Kästner, Rabaté explore cette période étrange traversée par l’Allemagne au début des années 30. Une période d’insouciance où l’on sort, danse au son du jazz venu des États-Unis, s’enivre alors que le pays, qui a du mal à se relever de la crise de 29, sombre peu à peu dans la misère et, surtout, que l’on entend le bruit des bottes des nazis se rapprocher de plus en plus. Les remarque racistes se font en effet davantage entendre et les magasins juifs commencent à être la cible du parti national socialiste. Si certains préfèrent regarder ailleurs, ne se sentant pas concernés, d’autres prennent conscience du danger qui les guette…Il le fait à travers une galerie de personnages attachants : Volker, sa sœur artiste et son petit ami noir américain ainsi qu’Ada, dont il tombe amoureux, très représentatifs de cette époque. Et montre avec talent, d’un style graphique flamboyant (un trait expressionniste, influencé par Breccia ou Munoz, sombre et parfois inquiétant avec ses nombreux aplats de noir qui contraste grandement avec la vivacité des couleurs), comment une démocratie est en train de virer au fascisme. Difficile de croire, quand on connaît l’engagement politique de Rabaté, que la sortie de ce récit, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle en France, soit un hasard…
(Récit complet, 176 pages – Rue de Sèvres)



