ALBUM. Après la séparation de Sonic Youth, Kim Gordon aurait pu jouer la carte, facile, de la continuité. Que ce soit avec Body/Head ou en solo elle n’a, au contraire, eu de cesse de continuer à explorer de nouvelles voies et à expérimenter. Et s’il est bien plus accessible que ce qu’elle avait pu faire en duo avec Body/Head, Play Me, son troisième album solo, suit malgré tout cette logique et en surprendra plus d’un. Pas à cause de l’influence krautrock (comme sur Not Today, très bon single emmené par une rythmique motorik caractéristique ou l’excellent Girl With a Look, envoûtant avec son chant intense) qui s’y fait sentir. Non plutôt parce que Gordon a décidé d’explorer (ou plutôt de continuer à explorer car l’influence était déjà présente sur The Collective, son second album), en compagnie de son producteur (c’est le troisième album qu’elle crée avec lui) Justin Raisen (dont l’apport est ici particulièrement important parce qu’il joue sur tous les morceaux mais aussi parce qu’il a apporté ses idées avec lui, cosignant tous les titres) la trap. Mais oui, vous avez bien lu : la trap ! Que l’on retrouve sur Black out (plutôt réussi, d’ailleurs), Square Jaw (très moyen) ou Nail Biter (dispensable). Des rythmiques venues du hip hop déstabilisantes de prime abord, bien sûr mais qui s’intègrent finalement plutôt bien (même si ce n’est pas ce que l’on préfère sur le disque, vous l’avez compris…) à l’ensemble entre influences kraut dont on a déjà parlé et morceaux plus bruitistes et déstructurés, plus noise-rock dans l’approche comme Busy Bee, co-écrit par Raisen et…Dave Grohl, Subcon et son drone bourdonnant et Byebye25, sorte de cousin de Busy Bee, qui clôt de façon assez convaincante l’album. D’autant que les morceaux sont courts, Gordon et Raisen ayant ici privilégié la spontanéité et la concision (l’album dure en effet 30 Minutes pour 12 morceaux).
Au final, Play Me est une tentative osée, parfois déroutante mais plutôt heureuse (aux réussites déjà mentionnées, on peut ajouter l’éponyme Play Me, sorte de trip hop jazzy très new-yorkais sympa ou le plus mélodique Dirty Tech) de marier tradition noise-rock et modernité des sons pour s’en prendre aux travers (ultralibéralisme, IA…) du monde moderne.
(Matador records)



