BD. Gemma n’a jamais connu autre chose que le sanctuaire : cette zone montagneuse où sa famille vit, dans une cabane, depuis que ce virus transmis par les oiseaux a décimé une grande partie de la population mondiale. Ils y vivent en autarcie, de cueillette, de chasse et de ce qu’ils cultivent, surtout grâce à son père qui a organisé la survie de la famille et a mis en place des règles draconiennes pour éviter tout contact avec les quelques êtres humains qui ont survécu aux alentours, n’hésitant pas à recourir à la menace et à la brutalité envers sa femme et ses 2 filles pour qu’elles soient respectées. Jusque là, Gemma a toujours obéi à son père, mais elle commence à se sentir à l’étroit dans la cabane et le sanctuaire et ai tenté d’aller explorer des endroits qu’elle ne connaît pas encore…
Si Laurine Roux a choisi le genre post-apocalyptique dans son roman, c’est parce qu’il lui permettait de mettre en place des conditions favorables (isolation, réorganisation de la vie, survie…) à l’évolution psychologique de ce père dont la nouvelle mission (protéger sa famille de l’épidémie et des dangers extérieurs), légitime à ses yeux son autoritarisme, sa brutalité et ses violences psychologiques. Un père nocif qui devient finalement plus dangereux pour les siens que l’épidémie et dont la famille va devoir s’émanciper si elle veut vivre de façon équilibrée, voire tout simplement survivre…
Un roman que Jérôme Lavoine adapte avec conviction. Sa narration, habile, montre comment Gemma prend conscience progressivement (son père lui transmet aussi, par ailleurs, de belles valeurs et lui apprend à chasser tout en respectant nature et animaux) des travers nocifs de son père et de son besoin de liberté. Surtout, son choix d’un trait spontané, sans fioritures mais pourtant très en place, au feutre simplement rehaussé d’aplats numériques bleu-gris s’avère particulièrement judicieux pour mettre en image un récit qui est aussi une véritable ode à la nature et à ses beautés.
Un conte initiatique violent, véritable allégorie du combat contre le Patriarcat (en s’éloignant de son père Gemma va tomber entre les griffes d’un autre homme…), qui captive et touche sa cible !
(Récit complet, 160 pages – Sarbacane)