COMICS. Depuis que la civilisation s’est effondrée il y a 16 ans, Cooper, épaulé par Tiny, un muscox (sorte de mélange de bœuf et de bison), a réussi à survivre. A la perte de sa femme et de sa fille, au froid qui s’est installé et aux hordes de cannibales qui hantent le territoire à la recherche de nourriture à se mettre sous la dent. Quand il voit un objet volant s’écraser non loin de l’endroit où il se trouve, il se hâte d’arriver sur les lieux avant que des hommes sans foi ni loi n’y soient avant lui. A l’intérieur de l’engin, Sara, une jeune adolescente, qui ne peut pas dire d’où elle vient. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas y retourner et veut emporter son violon, un Stradivarius, avec elle…
Avec Le Territoire, Xavier retrouve Joe Pruett, son premier éditeur pour le marché américain, qui lui avait mis le pied à l’étrier en lui écrivant quelques scénarios alors qu’il débutait à peine dans le métier. 30 ans après, ils ont eu envie de retravailler ensemble à un comics pour, en quelque sorte, boucler la boucle. Si c’est Xavier qui a choisi d’évoluer dans un genre post-apocalyptique, c’est Pruett qui a imaginé pour lui cette histoire de père qui doit avancer dans ce monde blanc recouvert de neige, froid dans tous les sens du terme, malgré la perte de sa famille et la culpabilité (pourquoi ne les avaient-ils pas accompagnées ce jour là ?) qui le ronge et de multimilliardaire fou (qui fait forcément penser à Musk…) qui avait investi dans les neurosciences et les nanotechnologies avant l’effondrement et entend bien repousser la mort grâce à ses découvertes.
Savant fou, héros droit et humain qui résiste dans un monde devenu brutal, contexte post-apo : Le Territoire avance en terrain connu, c’est vrai, et les auteurs ne s’en cachent pas (Xavier cite La Route comme influence scénaristique, tout comme Cosey et Hermann pour la partie graphique avec ces étendues désertiques et neigeuses magnifiques) mais leur savoir-faire (la narration est d’une fluidité impressionnante et le dessin, avec cet encrage à l’américaine, est juste magnifique, aussi à l’aise pour mettre en scène des combats que les discussions plus intimes entre Sara et Cooper) leur permet de nous prendre au piège de cette belle histoire d’amour et de deuil qui surprend jusqu’au bout malgré tout avec cet appel de Cooper à continuer à avancer et à regarder de l’avant. On aime beaucoup aussi la façon dont les auteurs traitent la relation entre Sara et Cooper, très vraie et crédible.
De la SF vraiment réussie, divertissante, et qui pose de bonnes questions sur ce qui fait de nous des êtres humains.
(Récit complet, 168 pages – Le Lombard)



