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LES SENTIERS D’ANAHUAC (Bertrand/Dytar)

BD. Mexico, 1539. Alors qu’il assiste à la mise au bûcher de Don Carlos Ometochtli pour possession d’idoles anciennement vénérées par les Indiens, le jeune Antonio croise la route du Père Bernardino qui allait lui faire découvrir la foi chrétienne avant de le faire entrer en tant que novice au collège de la Sainte-Croix pour qu’il y étudie. Quelques années plus tard, devenu professeur de latin dans le même lieu, il travaillera pour le Père à la rédaction de L’Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne. Une entreprise de longue haleine qui durera près d’un demi-siècle, qui s’interrompit plusieurs fois (les autorités espagnoles avaient peur que le livre ne donne de mauvaises idées aux Indiens…) et qui vit moines, traducteurs et tlacuiloque (des scribes-peintres) écrire et dessiner la mémoire des Indiens d’avant la conquête, un livre qui est arrivé jusqu’à nous sous le nom de Codex de Florence…

Grand format carré magnifique, forte pagination (160 pages), papier marron tacheté qui ressemble aux parchemins de l’époque : rien qu’à voir ce livre en tant qu’objet, on comprend que Jean Dytar s’est une nouvelle fois lancé dans un projet fou, bien soutenu par son éditeur Delcourt (qui a accepté une fabrication clairement plus coûteuse), il faut le souligner. Mais ce n’est qu’une fois Les Sentiers d’Anahuac ouvert que l’on prend vraiment la mesure du travail réalisé. Pour raconter l’histoire de la rédaction de ce Codex de Florence, véritable encyclopédie de l’Histoire des Aztèques : ses défis linguistiques (il fallait traduire les témoignages des « ancianos » mexicains en espagnol mais aussi les dessiner en glyphes aztèques), les embûches qu’il rencontra en chemin avec les autorités religieuses ou politiques qui interdirent plusieurs fois sa rédaction et faillirent le brûler ou les subterfuges que San Bernardino et ses moines mirent en place pour continuer clandestinement, l’auteur a tout simplement décidé d’emprunter les modes graphiques utilisés par les deux peuples en présence ici : la gravure (son trait stylisé à l’encre, fait de hachures précises, sans colorisation, s’emploie en tout cas à l’imiter) pour les Espagnols et les glyphes, colorisés quant à eux, pour les Aztèques et de les mêler (accompagnés de récitatifs et de dialogues) pour mieux raconter la rencontre, brutale et sanglante, de ces deux mondes. Et Dytar le fait, comme à son habitude (ceux qui connaissent ses œuvres précédentes, notamment #J’accuse ou Les illuminés, savent de quoi on parle…), avec grand talent, proposant une narration singulière mais qui reste toujours claire.

Un récit qui revient avec virtuosité sur la Conquête espagnole et l’histoire des Aztèques, tout en contant l’histoire incroyable de la réalisation de ce Codex que l’on peut maintenant admirer à la bibliothèque laurentienne de Florence. Assisté ici de Romain Bertrand pour l’aspect historique du livre, Jean Dytar prouve une nouvelle fois avec Les Sentiers d’Anahuac qu’il est devenu un auteur incontournable qui nous surprend à chacune de ses parutions !

(Récit complet, 160 pages – Delcourt/La Découverte)

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