Cabaret vert, Charleville-Mézières, du 20 au 23 août
Le Cabaret vert, on aime y retourner chaque été. Parce que c’est l’un des derniers gros festivals indépendants et associatifs. Qui propose quelque chose de très original : une sorte de festival dans un festival. C’est à dire un festival de musique à l’intérieur duquel a lieu un festival de bandes dessinées. Et pas un petit festival, un festival qui commence à avoir une belle renommée (il se murmure qu’il y a une liste d’attente pour les auteurs qui ont visiblement très envie d’y venir…) et qui se rapproche de festivals comme Amiens ou Saint-Malo (en proposant notamment des expositions hors les murs et des animations, comme au musée de guerre et paix de Novion-Porcien). Et puis on aime son ambiance décontractée et familiale. Et ses valeurs. Ecologiques d’abord : le festival poursuit sa politique bas carbone (80% de ses groupes électrogènes ont déjà été supprimés pour réduire son impact sur l’environnement). Et tout simplement humaines avec sa volonté d’accueillir au mieux les festivaliers en faisant passer des messages de tolérance toujours bienvenus et en combattant toutes les formes de discrimination.

Bon, malgré tout, on ne va pas se mentir cette année, on est resté un peu sur notre faim côté musique. On avait compris l’an dernier, avec la disparition du petit Razorback (c’était le lieu de rendez-vous des rockers) qui est devenu l’une des 2 scènes principales, que le rock n’est plus forcément la priorité du Cabaret vert. Bon, ça reste dans son ADN, hein et il y avait encore des groupes de rock cette année, mais il faut avouer que le choix était cette fois réduit. D’ailleurs, le Cabaret vert avait fait le choix de dissocier sa programmation en mettant à l’affiche des groupes plus rock le jeudi et le vendredi alors que le samedi et le dimanche étaient plus grand public. Pour ce qui est de la programmation rock, cela tournait surtout autour de Nick Cave and the Bad Seeds. Si on était très content de voir l’ex-Birthday Party sur scène (on va y revenir…), le reste de la programmation avait de quoi décevoir. Si quelques gros groupes comme Deftones, Body Count (Copkiller repris par le public fait toujours son petit effet), Sparks ou Last train ont pu enthousiasmer le public, en ce qui nous concerne il y a eu peu de moments forts ou de belles découvertes cette année, contrairement à l’année dernière. Il y avait bien Cat Power que l’on était curieux de voir parce qu’on l’a beaucoup écouté il y a 20-25 ans. Mais son concert nous a déçu, la chanteuse ayant évolué vers un rock-folk trop plan plan pour nous. Et surtout bien moins touchant qu’à l’époque. Les Anglais de Basement avec un indie-rock-punk un peu émo sur les bords qui regardent plus du côté des États-Unis que de leur propre pays. Sympa même si les morceaux un peu plus calmes manquent de personnalité.

Et les américains de Turnstile, dont le hardcore édulcoré reste efficace en concert. Mais au final, il faut être clair, Nick Cave était un peu trop esseulé cette année. Heureusement, il a livré une superbe prestation. Un concert d’une durée de 2h30. Un cas rare en festival ! Bourré d’énergie. Qui a vu le crooner australien proposer un mélange de titres rock teintés de soul (avec la présence de magnifiques choeurs) et de morceaux plus intimistes, mélancoliques et tristes à souhait. Dès le début du concert, avec un Get Ready for Love très inspiré, on a compris que Nick Cave n’était pas là pour plaisanter. Et à travers ses morceaux souvent allongés pour l’occasion, il a vraiment conquis le public. Avec son charisme et un humour souvent présent. Ses racines punk ? Bien sûr, elles sont désormais plus discrètes mais restent malgré tout présentes ici ou là, notamment à travers Warren Ellis, le poil à gratter du groupe qui, avec son violon et sa guitare, apporte une folie bienvenue. Notre homme balance son archet régulièrement à la fin des morceaux dans le public, envoie des coups de pied dans son micro ou danse comme un dératé. Celui qui est également membre de Dirty Three est clairement le complice de l’australien sur scène. On ne va pas citer tous les morceaux mais Jubilee Street nous a fait forte impression tout comme le dernier titre, Into my Arms avec Nick Cave seul en scène sur son piano qui demande au public de reprendre le refrain en chœur. Un moment magnifique.

Finalement, c’est la bande dessinée qui, pour nous, a un peu éclipsé la musique cette année. Car de ce côté là, les organisateurs ont fait un sans faute. La programmation était comme d’habitude superbe, avec la présence d’auteurs comme Hub (Le Serpent et la lance), Pandanx (Mister Mammoth ou L’œil du marabout), Masbou (Le Baron), Corboz (Les Rivières du passé ou Verhoeven), Dahan et Liéron (Dans la tête de Sherlock Holmes), Stalner (La Danseuse aux dents noires), Jade Khoo (le très beau et poétique Terre ou Lune) ou encore l’américain Thompson (auteur du magnifique Habibi ou plus récemment du très bon Ginseng Roots), rare en Europe, dont on aime beaucoup le travail. Un festival qui avait d’ailleurs commencé le mercredi à la médiathèque Voyelles, comme le Cabaret vert nous en a donné l’habitude. Avec le vernissage d’une exposition de Reinhard Kleist autour de son travail sur la musique (il a sorti des livres sur Nick Cave, David Bowie ou Johnny Cash) suivi d’un concert dessiné avec le duo rémois Junker Vaillant qui a proposé des reprises inspirées de Cave et Bowie et, non pas le dessinateur (il était malheureusement absent pour problèmes de santé) mais des dessins projetés en arrière plan. Une mise en bouche sympathique. Les jours suivants, on a donc pu rencontrer et papoter avec des auteurs que l’on apprécie. On a notamment revu avec plaisir Ké Cléro, Hub ou Pandanx. Constaté que Gaët’s et Monier savaient toujours aussi bien mettre l’ambiance. On a fait le point sur l’organisation du Cabaret avec Créty, présent dés la naissance du festival et parrain de la partie BD. Et Masbou a montré toutes ses qualités (avec imitation de voix s’il-vous-plaît…) de conteur d’histoires drôles. Il était déchaîné ! On a aussi assisté à la remise des prix BD du Cabaret vert : le prix BD a été décerné au très bon (on en avait d’ailleurs parlé dans ces colonnes…) Les Poissons, eux, ne pleurent pas de Pandanx et Galandon, celui du Prix de la connaissance à Champs de bataille de Van Hove et Léraud et celui de la BD Jeunesse à Etincelle de L’Hermenier et Berdal. Le Cabaret BD a réussi aussi un superbe coup en réalisant un Spirou spécial Cabaret vert en collaboration avec le magazine dont des exemplaires étaient distribués gratuitement sur le Festival. On n’a même pas eu le temps d’aller voir le documentaire sur Nick Cave qui passait à l’Idéal, qui proposait, comme à son habitude, un programme de films et de documentaires intelligent (notamment pour prolonger la réflexion lancée lors des tables rondes au Do tank) aux festivaliers. Signe qu’on ne s’est pas ennuyés ! Alors Cabaret vert on se donne bien sûr rendez-vous à l’année prochaine. Avec tout ce qui fait la singularité du festival (y compris la bonne bouffe et les bières locales…) et une programmation rock un peu plus enthousiasmante…




