BD. Babylone. Au cours d’un banquet (probablement pour célébrer une nouvelle victoire), Alexandre le Grand s’effondre alors qu’il danse. La fièvre s’est emparée de lui ! On s’affaire alors de toutes parts : on fait venir des médecins ; on envoie chercher Dryptéis, fille de Darius, vaincu par Alexandre, partie en exil et ses généraux, Ptolémée et Perdiccas, fourbissent leurs armes, déjà, car il n’est pas question de partager cet immense empire qui comprend presque toute l’Asie, avec quiconque…Pendant ce temps, un mystérieux cavalier galope à brides abattues depuis les confins de l’Indus pour livrer son message à Alexandre avant qu’il ne ferme les yeux…
Laurent Gaudé est à l’honneur en cette rentrée littéraire dans les rayons de bandes dessinées. Car après l’adaptation de Les oliviers du Négus par Prudhomme, c’est au tour d’Alfred de proposer sa vision d’un autre de ses romans, Pour seul cortège. Qui imagine donc le chaos et la folie qui suivent la mort d’Alexandre le Grand. Les foules, gigantesques, de gens qui défilent pour venir voir sa dépouille. La guerre qui se prépare pour sa succession. L’attaque du cortège par Ptolémée pour récupérer le corps d’Alexandre, symbole de puissance, pour le ramener en Égypte, dans son fief. Et Dryptéis, qui entend Alexandre par-delà la mort et va tout faire pour respecter ses dernières volontés.
Alfred en propose une vision aussi personnelle que flamboyante. Très théâtrale aussi puisqu’il s’agit de mettre en images une page d’histoire mêlée de mythes et donc de surnaturel. Ici, les morts parlent aux vivants, les cavaliers galopent tête coupée. Les décors -temples, villes, déserts…- sont majestueux. La lumière omniprésente. Alfred a pu bénéficier d’une pagination importante (274 pages) pour laisser libre cours à sa narration, ponctuée de nombreux dessins doubles pages, parfois abstraits, parfois hallucinés, et trouver le bon rythme, tantôt contemplatif, fait de silence, tantôt, au contraire, très enlevé, voire emballé. Si son dessin s’adapte toujours à ce qu’il veut raconter, l’auteur n’a jamais autant expérimenté que pour Pour seul cortège, utilisant des aquarelles de Chine, pour souligner sa fragilité, quand il met en scène Alexandre, un dessin plus encré, plus solide, quand c’est Dryptéis qui est concernée. Ailleurs, feutres, pastels et même stylo Bic. Le résultat est magnifique, apportant toute la dramaturgie nécessaire aux dernières heures de la mort d’un presque-Dieu. Un récit singulier et habité !
(Récit complet, 274 pages – Delcourt)



