jamaisIsabel vit à Melilla, ville espagnole enclavée au Maroc. En ce mois de février 1936, le front populaire a remporté les élections générales et a déjà subi une tentative de coup d’état. Les réformes qu’il prévoit concernant l’armée, l’église et la société en général ne sont pas du goût de tout le monde…Quant à Isabel, elle veut devenir couturière. Ses parents aimeraient qu’elle travaille un peu moins et qu’elle pense davantage à se trouver un fiancé. Mais plutôt qu’Antonio le poissonnier que ses parents apprécient, c’est Emilio, un anarchiste de la Confédération Nationale du Travail qui fait battre son cœur…

Dans Les guerres silencieuses, son précédent récit, Jaime Martin narrait la rencontre de ses parents dans l’Espagne franquiste. Avec Jamais je n’aurai 20 ans, il continue de raconter l’histoire familiale en se concentrant cette fois sur la vie de sa grand-mère Isabel, histoire d’expliquer pourquoi ses grand parents refusaient que lui et ses cousins s’amusent « à faire la guerre » et à fusiller leurs prisonniers lorsqu’ils étaient enfants…Car sa grand-mère, parce qu’elle était l’amie d’un groupe de syndicalistes, faillit être exécutée le soir du coup d’état des généraux. Et car ensuite, parce que son mari s’était battu du côté des républicains, toute sa famille était régulièrement inquiétée (les policiers venaient les racketer, son mari était emmené en prison…) par les autorités, qu’elles soient policières ou religieuses.

Si Jaime Martin rend ici un bel hommage au courage et à la débrouillardise de ses grand parents, il entend également dépeindre la société franquiste de l’époque : les règlements de compte qui suivirent la défaite des républicains, le puritanisme et l’autoritarisme que le gouvernement imposait à la société (on n’avait par exemple pas le droit de s’embrasser en public et il était mal vu qu’une jeune femme veuille travailler…), la grande pauvreté qui sévissait parmi les classes populaires ou la corruption qui pouvait régner. Et il le fait avec beaucoup d’inspiration et de talent.

Un témoignage fort et édifiant sur cette période sombre de l’histoire espagnole, d’autant plus marquant que les faits ont bel et bien été vécus par les membres de la famille de l’auteur. Très recommandé !

 

(Récit complet – Aire libre)