FACE A FACE B (Blutch)

BD. Un jeune couple embarque sur un canot sur le lac Lémancolie qu’ils ont bien l’intention de traverser. Dans quelle direction ? Ils ne savent pas vraiment…Alors ils essaient de trouver un nom à leur embarcation. Puis, des trous font leur apparition mettant en péril leur entreprise. Alors que l’orage menace et qu’ils n’ont quasiment rien à manger, ils découvrent un panneau sous la banquette qui mène à une cabine…

Si vous connaissez les récits intimes de Blutch (Le Bonheur, La Volupté, Lune l’envers…) vous avez compris qu’il n’y a pas vraiment d’intrigue ici. Car dans cette suite de La Mer à boire (déjà paru aux éditions 2042, enfin 2024 devenues 2042 depuis 2 ans), l’auteur poursuit l’évocation de la vie du couple. De son couple, lui et Amélie, sa compagne depuis plus de 20 ans. Face A : Amélie. Face B : Blutch ? C’est une possibilité. Et de tous les couples. Car cette histoire-là est universelle, non ? La rencontre de sa moitié. L’ouverture d’une parenthèse enchantée. La naissance des enfants. Le temps que l’on ne voit pas passer. La vieillesse qui pointe le bout de son nez : une histoire qui se répète depuis la nuit des temps, comme un disque qui joue toujours les mêmes morceaux de ses 2 faces, A et B. Blutch ne dit pas les choses, il les montre, les suggère de son magnifique dessin au crayon de papier, estompé, frotté, « en gris et blanc », comme le dit l’auteur, profond et intense, qui renforce le côté intime du récit, d’autant que les pages proposent soit 2 grandes cases ou un seul grand dessin. Et passe donc par métaphores et symboles pour faire passer émotions et sensations. Le canot sur le lac ? L’aventure de la vie à deux, insouciante. Les scènes où le couple danse ? Sa relation intime, ses étreintes, sa complicité…

Comme à son habitude, Blutch livre ici un récit original, parfois déstabilisant. Que ce soit dans le fond (on aura rarement parlé du couple de cette façon…) ou la forme, puisque le livre peut se lire dans les 2 sens : face A d’un côté, face B de l’autre. L’auteur strasbourgeois confirme en tout cas qu’il est bien une voix singulière dans la BD actuelle. Singulière et souvent enthousiasmante.

(Récit complet, 204 pages – Editions 2042)

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