LE GANG DE LA CLEF A MOLETTE (Hostache, d’après Abbey)

BD. Arizona, 1975. Toutes les huiles sont réunies sur le pont pour couper le ruban et inaugurer cet incroyable ouvrage d’art qui relie l’Arizona et l’Utah en enjambant le gigantesque Glen canyon. Mais au moment où le gouverneur passe à l’action avec ses ciseaux, une explosion retentit : le pont vient d’être détruit. Encore un coup du gang de la clef à molette ! Joseph Smith, Doc Servis, Bonnie et George Hayduke. Et dire que quelques mois auparavant, ces quatre-là ne se connaissaient même pas…

C’est l’un des gros coups éditoriaux de la rentrée : la création d’une nouvelle collection, fruit d’une collaboration entre les éditions Gallmeister (à qui l’on doit notamment d’avoir fait découvrir David Vann en France…) et Le Lombard qui va se charger de confier l’adaptation de quelques uns de leurs meilleurs romans à des auteurs maison (ou non d’ailleurs…). Et histoire de commencer en grandes pompes, ce n’est pas une mais deux sorties qui inaugurent cette collection. Le grand succès Betty de McDaniel adapté par Cornette et Causse (dont on reparlera bientôt…) et Le gang de la clef à molette. Un roman déjanté signé Edward Abbey qui nous propose de suivre les tribulations d’un groupe de saboteurs (qui va cependant rapidement passer à la vitesse supérieure…) qui s’en prend à tout ce qui éviscère, enlaidit, exploite ou menace nature et paysages. Ils commencent par mettre hors d’état de nuire bulldozers ou derricks avant d’assez vite s’organiser et s’équiper (nitroglycérine, dynamite…) pour détruire ponts ou mines. Des sortes d’écoterroristes avant l’heure qui passent une bonne partie de leur temps à se cacher et à esquiver le shérif et ses sbires parmi les paysages minéraux grandioses (ces canyons…) de l’Utah. Un combat contre le capitalisme américain perdu d’avance que mènent pourtant ces losers magnifiques, pour la beauté du geste, histoire de se prouver qu’ils sont encore libres que Jean-Baptiste Hostache s’est approprié avec aisance et naturel. On sent, en effet, dans chaque scène, toute la sympathie et la tendresse qu’il ressent à l’égard de ces pieds nickelés modernes tout comme son mépris pour cette Amérique hypocritement puritaine (« sale enfoiré de païen » s’exclame à un moment le shérif à l’intention de Hayduke), violente et raciste (« le froc de notre ami là-haut doit puer autant que le treillis de ces niakoués qui couraient devant ma jeep » [à Okinawa]. Le dessin, un trait très spontané et vivant qui va à l’essentiel (il doit certainement pas mal à Blain), est complètement adapté et les dialogues, inspirés, sont souvent hilarants (comme dans cette « conversation » entre Bonnie et son mec, George : « -Tu vas me dire quelque chose oui ou non ? -Rends-moi ma bière »). Bref, une rencontre qui coule de source, vraiment, entre Abbey et Hostache et débouche sur un récit critique et déjanté comme on les aime. Voilà cette collection lancée de la plus belle des manières !

(Récit complet, 328 pages – Le Lombard/Gallmeister)

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