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CRENOM, BAUDELAIRE 3. Le Serpent qui danse (Gelli Dominique et Tino, d’après Teulé)

BD. On ne peut pas dire que les choses s’arrangent pour Baudelaire. Au contraire ! Le tribunal vient en effet d’ordonner d’expurger ses Fleurs du mal de certains de ses poèmes les plus violents et il a aussi écopé d’une amende. Lui qui n’a plus d’argent doit une nouvelle fois en quémander à sa mère (et entendre du même coup ses reproches au sujet de sa vie dissolue) s’il ne veut pas aller en prison…Sa santé n’est pas au beau fixe non plus…Le poète a beau n’avoir que 37 ans, il ressemble à un vieillard. La faute au laudanum qu’il prend de plus en plus régulièrement et à la syphilis qui envahit de plus en plus son corps. Quant à sa muse noire, Jeanne, elle a des ganglions autour des coudes, des tumeurs dans le cou et va bientôt devenir paralysée…

Voici venir la fin. De la magnifique trilogie de Crénom, Baudelaire et donc de la vie du poète. Une fin forcément sombre. La progression de la syphilis n’augurant rien de bon. Et le poète, aigri (ses vers, révolutionnaires, sont toujours aussi incompris), encore sans le sou et plus torturé que jamais, s’enfonce un peu plus dans ses délires (exilé en Belgique, il passe son temps à cracher sur le pays et ses habitants) et ses vices, s’échinant malgré tout à écrire jusqu’au bout pour trouver le poème parfait qui mêlerait la beauté poétique à la laideur de ce qui l’entoure : maladie, crasse, vieillesse, mort…

Teulé, et c’était son talent (rappelons que le romancier est mort il y a 3 ans) trouve, une nouvelle fois, en équilibriste des mots, le parfait dosage pour raconter Baudelaire. Son génie, son apport visionnaire à la poésie, sa façon surprenante de trouver l’inspiration (dans les bouges, souvent…). Mais aussi, bien sûr, son côté sombre : ses dépendances aux drogues et à l’alcool, son rapport, torturé, au sexe et ses provocations, qui pouvaient le rendre antipathique. Il le fait notamment par l’entremise de l’ironie, dont use régulièrement son narrateur omniscient à l’encontre de Baudelaire, qu’il égratigne régulièrement. Un procédé que reprennent les Gelli, père et fils, en y ajoutant, en plus des mots, leurs images : des peintures très Art brut qui sondent l’inconscient de Baudelaire pour illustrer ses poèmes qui jalonnent le récit pour Tino et un dessin spontané, expressif aussi, symbiose très réussie de couleurs informatiques, ici sombres, forcément, seul le rouge du paletot de Baudelaire apportant ici ou là une note plus vive, et de trait nerveux, quasi instinctif. Une combinaison parfaite pour mettre en scène la beauté sombre de Baudelaire et son œuvre. Un superbe triptyque !

(Triptyque, 160 pages pour ce tome 3 – Futuropolis)

sullivan:
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