ALBUM. Pour son sixième album, Emma Ruth Rundle revient cette fois en formule groupe, entourée de Jess Gowrie à la batterie et de Troy Zeigler à la basse. Et dès le début de These Killing Times qui sort sur Errant Child, son propre label, on sait que l’on va succomber au charme folk/shoegaze de ces 8 morceaux. Il faut dire que Powerless, premier single à avoir été dévoilé, est du genre percutant. Jolie intro douce et mélancolique piano/chant (ensuite rejoints par un violoncelle plaintif) rapidement déchirée par un coup de griffe bruitiste : difficile de résister à ce titre qui prend tout de suite aux tripes. La suite sera du même tonneau ou presque, la jeune femme proposant un folk-rock habité emmené par une guitare acoustique et un piano maigrelet, parfois soutenus ou perturbés, suivant les morceaux, par des soubresauts shoegaze plus menaçants et heavy comme sur Anvil, Catherine Wheel ou Enough et son break chaotique. Et, bien sûr, par cette voix (magnifique, charismatique et puissante, elle susurre, caresse, intrigue, bouscule et touche la plupart du temps) qui transcende véritablement les morceaux.
Un album féministe et plein de rage inspiré du début à la fin (même Anvil et Catherine Wheel, qui paraissent un peu plus « convenus » de prime abord, s’avèrent finalement bons, le premier proposant notamment un refrain joliment hypnotique et le second une guitare inspirée) qui livre quelques titres vraiment marquants comme Powerless, dont on a déjà parlé, le plus dépouillé (en tout cas sur sa première partie) God’s Picture, Enough, dont le refrain inspiré donne son titre à l’album ou encore le moins tape à l’oeil mais pourtant touchant Don’t Delay Heaven. Un bel album, à la poésie souvent sombre, qui nous parle de haine, de guerre de pouvoir, d’amour aussi…notamment. Que les fans de Chelsea Wolfe, A.A. Williams ou encore PJ Harvey, pour ne citer que des rockeuses, devraient apprécier.
(Errant Child)



