HAZARA BLUES (Sahibdad/Damezin)

BD. 5 mars 2010, Office français de protection des réfugiés et apatrides. Reza a rendez-vous avec une juge qui va décider ou non de lui octroyer le statut de réfugié politique. Il doit commencer par expliquer pourquoi il est stipulé sur ses papiers qu’il est né en Afghanistan (le pays d’origine de ses parents, frères et sœurs…) alors que lui déclare être né en Iran (mais pour le régime des mollahs aucun Afghan ne devrait naître en Iran…). Et revenir, bien sûr, sur son enfance à Masshad. Expliquer que ses parents avaient quitté l’Afghanistan pour y venir parce que son ethnie, les Hazaras, y était considérée comme des parias et qu’ils y étaient persécutés. Et que la situation n’était pas bien meilleure en Iran, les Afghans y étant méprisés et n’ayant aucun droit. Ses parents devaient d’ailleurs continuellement se cacher pour éviter les contrôles de police…

Après le succès de l’édition originale parue en 2025, Sarbacane a décidé de relancer l’ouvrage dans une version brochée, plus accessible financièrement, qui devrait lui donner encore plus de visibilité. Le récit le mérite en tout cas, car le témoignage, marquant, de Reza Sahibdad, qui met en exergue la souffrance, la peur et l’ostracisme dont sont encore victimes des êtres humains en raison de leur appartenance ethnique ou de leur religion, est toujours autant d’actualité. Et fera peut-être comprendre (enfin, serait-on tentés d’ajouter…) que certains réfugiés n’avaient tout simplement pas d’autre choix que de quitter leur pays et de migrer pour sauver leur vie. Une histoire forcément un peu bavarde (l’auteur doit revenir sur l’histoire récente de l’Iran et de l’Afghanistan pour nous aider à comprendre la situation de sa famille et des Hazaras tout en partageant, aussi, son amour du cinéma…) mais captivante malgré tout. Notamment grâce au magnifique travail graphique de Yann Damezin. Inspiré des miniatures persanes, son trait à l’encre écoline (avec des couleurs différentes qui correspondent, chacune, à une période pour aider le lecteur à s’y retrouver dans les différents sauts de puce temporels), très stylisé et d’une grande finesse, fait en effet preuve d’une grande inventivité (il utilise symboles et métaphores pour illustrer idées et émotions) et de talent et donne des allures de conte au récit de Reza. Très recommandé !

(Récit complet, 240 pages – Sarbacane)

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