BD. Moscou, 1991. Metteur en scène au théâtre, Vadim Baranov a rapidement été attiré par les lumières de la télévision pour laquelle il est devenu producteur à succès. Mais quand le tout-puissant Boris Berezovski, qui s’était fait donner le contrôle de la télévision d’état par Eltsine, qu’il avait ensuite fait réélire 2 fois, vient le voir pour lui proposer de l’aider à amener au pouvoir un homme qui remette de l’ordre dans la maison russe après la révolution de Gorbatchev, il sait que cela le fera passer à la vitesse supérieure. Cet homme, Berezovski sait déjà où le trouver : à la tête du FSB, les services secrets russes, où un certain Vladimir Poutine semble très prometteur…
Déjà adapté au cinéma par Olivier Assayas il y a quelques mois, le roman de Giuliano da Empoli se voit cette fois offrir une adaptation en BD par Luc Jacamon dont le dessin réaliste (davantage que pour Le Tueur) sied parfaitement à cette histoire. Et inversement, Jacamon ne pouvait qu’être à l’aise avec la narration de da Empoli qui nous propose une virée dans les souvenirs de ce « mage du Kremlin », comme on le surnommait, simple metteur en scène devenu conseiller, et véritable éminence grise de Poutine, autour de quelques étapes marquantes de ses nombreuses années passées aux côtés du président russe : la réaction, brutale, aux velléités séparatistes tchétchènes pour asseoir son autorité ; le retour à la verticalité du pouvoir ; la volonté de mettre véritablement en scène Poutine ; la mise au pas des oligarques et la reprise de contrôle des ressources (gaz, pétrole, mines…) russes ou le choix de faire la guerre à l’Ukraine pour reprendre la Crimée. Il en profite, chemin faisant (comme le héros éponyme du Tueur…, série qui a rendu célèbre Jacamon) pour partager ses réflexions, quasi-philosophiques par moments, sur le peuple russe (qui a, selon lui, toujours eu un penchant pour les dirigeants autoritaires…), le pouvoir ou la géopolitique.
Personnages plus vrais que nature (Baranov a réellement existé, sous un autre nom, Vladislav Sourkov…), narration fluide, dessin aussi efficace qu’inspiré (avec un Poutine très bien saisi graphiquement), Le Mage du Kremlin propose une plongée à la fois glaçante et captivante dans les coulisses du pouvoir russe sous Poutine. Une belle réussite pour Jacamon qui livre ici un premier projet en tant qu’auteur complet emballant.
(Récit complet, 144 pages – Casterman)



