BD. Il y a longtemps, au temps où les premières cités-États sont apparues en Mésopotamie. Une civilisation extraterrestre très avancée y envoie l’observatrice Solli Hahas-verati. Sa mission est double : elle doit évaluer si la civilisation humaine est suffisamment évoluée pour être digne d’intérêt et, encore plus important, elle doit retrouver son prédécesseur, Iden Bir Ishuen, qui a arrêté sa mission depuis quelques cycles stellaires déjà (il ne se sentait plus capable de regarder les humains s’en interférer avec ce qu’il considérait comme de l’injustice ou de la discrimination…) et n’a plus envoyé de rapports depuis la Terre ensuite…
Spruyt n’aime visiblement pas se répéter. Et après avoir raconté les aventures, truculentes et délirantes, d’un anti-héros, le dragon Dragon, embarqué dans les guerres lors de la période de la révolution française (Les Mémoires du dragon Dragon, avec Juncker au scénario) et proposé une réflexion sur l’héroïsme en temps de conflit (Le Tambour de la Moscova) en auteur complet, il revient cette fois avec un récit de science-fiction original qui met en scène les tensions et négociations entre les marches-lunes (des nomades qui veulent se sédentariser sur la terre que leur Dieu leur a promis) et les dirigeants de la cité de Sichem. L’auteur y aborde en fait la naissance des premières sociétés humaines et tente de comprendre ce qu’il y avait derrière : volonté d’assurer la prospérité et la sécurité des habitants ? Ou, plus prosaïquement, désir de dominer et d’asservir les plus faibles ? Pour ce faire, Spruyt a eu une excellente idée scénaristique : utiliser un agent extraterrestre chargé d’observer et d’évaluer les humains. Un observateur censé être neutre mais qui est, bien sûr, au service de l’auteur et de son récit. Et sa conclusion est aussi claire qu’implacable : l’homme est incapable de partager des terres ou des richesses ou de respecter une parole donnée. Ce qu’il veut c’est dominer, asservir, posséder.
Un récit à la fois divertissant et intelligent mais fort désenchanté, superbement mis en image par Spruyt, aux crayons et aquarelles, travail qui rappelle les récits légendaires ou bibliques, qui nous parle aussi, avec une certaine ironie, de l’importance pour les hommes de construire des récits, rassurants, qui expliquent leur origine, tout en rappelant notre place, insignifiante…, dans l’univers. Une réussite !
(Récit complet, 200 pages – Le Lombard)



