ROMAN. France, début des années 90. Daniel et ses amis Marc et Justin sont en Terminale C dans un petit lycée de province. Le bac occupe, bien entendu, souvent leur esprit. Au moins autant que les filles…Si certains garçons tel Thomas Mathieu les font toutes tomber, eux ont du mal à comprendre comment elles fonctionnent…Pour sortir avec Cathy Mourier, Daniel était par exemple devenu fan de Sting, s’était engagé contre l’Apartheid en Afrique du Sud et avait commencé à vouer un véritable culte au film Le cercle des poètes disparus. Cela ne l’avait pas empêchée de le quitter pour Gilles Rouquet…
Bien sûr, cette année charnière du bac, entre angoisses de ne pas réussir ce rite de passage et fantasme, voire obsession, d’enfin perdre sa virginité, a déjà souvent été évoquée, que ce soit au cinéma ou en littérature mais jamais comme Fabrice Caro, on vous le certifie ! Depuis Le Discours (même s’il avait déjà écrit Figurec 12 ans auparavant), Fabrice Caro a trouvé un style qui a rencontré (il a souvent dit en être le premier surpris) le succès. Pourquoi donc en changer ?
Ce style, c’est d’abord un narrateur masculin un peu loser sur les bords dont l’auteur se moque gentiment. Un (anti-) héros souvent maladroit en amour qui a le chic pour se mettre dans des situations embarrassantes drôlatiques. Daniel est le petit dernier à intégrer ce club. Assez doué dans le genre, il faut l’avouer, car pas encore majeur. Et donc encore d’une grande naïveté, ce qui laisse beaucoup de latitude à l’auteur…C’est aussi un sens de la formule absurdo-rigolote totalement iconoclaste. Et que dire de ses métaphores totalement improbables mais au final d’une étonnante acuité ? Un style qui fait une nouvelle fois des merveilles. Dans un mélange de tendresse, de dérision et un soupçon de vacherie (on imagine la tête de Daniel quand madame Rigaut, la mère d’une collégienne à qui il donne des cours de maths, lui prend la tête pour la fourrer entre ses seins avant de la secouer quelques secondes…), l’auteur évoque avec une vraie justesse les angoisses, les fantasmes, les rêves de ces 3 garçons. Leurs tentatives maladroites (ah le coup de la cassette…) pour séduire les filles. Les sorties du samedi soir. Les premières expériences de l’alcool et du shit. Les relations avec les parents aussi. Tout cela sent clairement le vécu (le slow sur Say You Say Me de Lionel Ritchie, ça ne s’invente pas!)…
On pouffe souvent de rire à la lecture de Les derniers jours de l’apesanteur. Tout en ressentant une pointe (et même un peu plus si L’Agence tous risques, Technotronic et Retour vers le futur vous sont très familiers…) de nostalgie. C’est aussi ça le style Caro. Une plongée dans la psyché ado masculine aussi réjouissante que réussie !
(Récit complet, 218 pages – Gallimard)



