BD. Depuis que l’usine de farine de poisson de Silver Lead s’est installée à proximité du village, il devient de plus en plus difficile de revenir avec le poisson nécessaire pour nourrir sa famille. Bakary s’est ainsi endetté pour acheter un nouveau moteur pour pouvoir aller plus loin des côtes ainsi que des filets « interdits » (les mailles sont plus petites…) mais rien n’y fait : une fois sur deux, il rentre bredouille. La faute, notamment, à ces énormes chalutiers chinois qui viennent pêcher dans les eaux territoriales pourtant protégées. Alors, quand l’un de ces monstres d’acier emporte ses nouveaux filets, Bakary ne voit pas d’autre solution que de disparaître, ne se sentant plus capable de jouer son rôle de chef de famille auprès de sa femme et de ses enfants Hadja et Ismaïla…
Décidément, l’Afrique réussit bien à Jean-Denis Pendanx. En effet, après Au Bout du fleuve, ou plus récemment l’excellent L’œil du marabout, il sort, cette fois, un récit, scénarisé par Galandon, qui se passe en Gambie. Un récit engagé, vous l’avez compris. Et fort. Qui entend montrer les changements à l’œuvre dans ce pays dont les gouvernements successifs ont donné les clés aux investisseurs, surtout chinois. Qui entrainent toute la Gambie dans un libéralisme débridé qui met à mal, notamment, les petits pêcheurs en exploitant ses ressources sans vergogne et en polluant. Un appât du gain contagieux pour certains gambiens, dont Ousmane, le frère de Bakary, prêt à profiter de ses difficultés, qui en oublient les valeurs traditionnelles de solidarité, d’entre-aide et de respect de la nature.
Un propos intelligemment transmis à travers les difficultés et le combat de Bakary et sa famille par un scénario très bien écrit, bourré d’humanité, et, comme d’habitude avec Pendanx, superbement mis en images, avec justesse et émotion. Une dénonciation nécessaire particulièrement inspirée !
(Récit complet, 144 pages – Daniel Maghen)