BD. 1941. La famille Fischer, alsacienne, est prise dans la tourmente de la guerre. Le fils aîné, Jean, est mort dans les combats contre les nazis mais depuis la capitulation de la France et la mise en place du gouvernement de Vichy, l’Alsace et la Moselle sont redevenues allemandes. Langue française interdite, noms de rues traduits en allemand, obligation de posséder un certificat de filiation germanique pour avoir droit aux ravitaillements : les alsaciens et les mosellans doivent faire profil bas. Mais le pire est à venir : occupée désormais sur les deux fronts, à l’ouest et à l’est, l’Allemagne a besoin de forces vives et les hommes, dont Louis, vont bientôt être incorporés dans la Wehrmacht…
Initialement parus entre 2009 et 2013, les 4 tomes de Malgré nous reparaissent en version intégrale. L’occasion de (re)découvrir ce récit historique qui a comblé un véritable manque à sa sortie : aborder la seconde guerre mondiale sous un angle différent, très peu emprunté, celui des « Malgré nous », ces alsaciens et mosellans que l’Allemagne nazie a obligé (s’ils refusaient, les membres de leurs familles étaient victimes de représailles allant jusqu’à la déportation en camp, comme ceux de Schirmeck ou du Struthof) à combattre dans ses rangs. Fruit d’un travail de recherche rigoureux (la résistance, la déportation, le front russe et la violence nazie sont bien sûr évoqués ici) et des souvenirs familiaux (une partie de sa famille est alsacienne…) de Thierry Gloris, Malgré nous est bien sûr romancé juste ce qu’il faut pour rendre le récit divertissant et attractif, avec notamment des histoires d’amour forcément compliquées (Mathilde, la grande sœur de Louis, a, par exemple, une relation avec un officier allemand) en ces temps troublés. En plus de mettre en lumière l’histoire, souvent dramatique, de l’Alsace et de la Moselle (qui furent allemands de 1871 à 1918 puis quelques mois pendant la seconde guerre mondiale), le récit a une autre grande qualité : éviter tout manichéisme et montrer la complexité des choix à faire en temps de guerre. Une mauvaise rencontre pouvait ainsi transformer un héros en traître du jour au lendemain. Irrigué par un bel humanisme, Malgré nous doit aussi sa réussite au travail graphique de Terray : un dessin à l’encrage subtil rehaussé d’aquarelles magnifiques qui transmet, avec sensibilité, les émotions des personnages. Une histoire forte qui n’a qu’un défaut, en fait : sa conclusion, un peu brutale, qui donne l’impression qu’un tome 5, prévu, n’est finalement jamais sorti…
(Récit complet, 200 pages – Soleil)



