BD. Germain a 10 ans. Et il est souvent dans la Lune…Parce que les problèmes de la vraie vie lui font peur. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a décidé d’arrêter de grandir. Pour faire taire la petite voix dans sa tête qui lui parle d’Anna, sa meilleure amie qu’il ne voit plus, de ses visites à l’ehpad avec tous ses papis et mamies qui sont comme une collection d’objets un peu fêlés et aussi…du GROS truc. Mais ça, il ne peut pas encore en parler. Peut être que s’il écrivait, ce serait plus facile. Alors il trouve un pseudo, Raoul Underwood, une machine à écrire et se met à la rédaction de ses mémoires. En plus, quand on est un écrivain célèbre comme Molière ou Shakespeare, il paraît qu’on devient immortel…
La facilité ? Vincent Zabus ne connaît pas. Ses récits ont toujours le chic pour nous parler de choses qui dérangent, de thèmes complexes à aborder. Avec subtilité et un vrai talent. Cette fois, dans Mémoires d’un garçon agité, le scénariste s’attaque à la mort et au deuil vécus par un enfant. Un enfant intelligent, observateur et sensible dont on suit les « stratagèmes » mis en place par son cerveau pour traverser et survivre à ces moments difficiles : le fait de refuser de grandir comme pour se donner l’impression de maîtriser les choses, de ne plus vouloir voir Anna pour ne pas s’attacher parce qu’il a peur qu’il lui arrive quelque chose ou d’écrire pour comprendre les événements et garder ceux qui ont disparu encore un peu vivants. Et il le fait , comme à son habitude, avec beaucoup d’intelligente et de justesse, agrémentant son histoire d’un humour bienvenu qui permet d’alléger son propos et de poésie aussi. Raconté à hauteur d’enfant, Mémoires d’un garçon agité avait besoin d’un dessin qui ne soit pas trop réaliste et qui reste sobre. C’est ce qu’a très bien compris Valérie Vernay qui parvient, malgré un trait (faussement) simple, à être expressive et touchante. Un très beau livre qui saisit avec acuité comment on voit la vie quand on est un enfant de 10 ans !
(Récit complet, 144 pages – Dargaud)



