ROMAN. Quand Mara revient à New York (elle y avait déjà suivi son mec quelques mois auparavant, avant de le quitter…), cette fois, elle croit qu’elle est prête pour son chaos. C’était sans compter sur ce fichu trou noir qui s’est un peu trop approché de notre galaxie…Résultat : les planètes ont bougé (Uranus est même sorti de l’orbite solaire), des étoiles ont disparu et un giga-astéroïde est venu percuter la Lune, rapprochant dangereusement le satellite de notre planète. Depuis, c’est parti dans tous les sens : la rotation de la Terre ne dure plus que 23h20, des vents violents soufflent continuellement, des incendies ravageurs se sont déclarés et les marais sont devenus cyclothymiques. Bon, de toute façon, si l’Humanité devait disparaître, cela ne lui ferait ni chaud ni froid à Mara, elle qui vient d’écrire un essai pour comprendre pourquoi les gens font encore des enfants…Même s’il y a Lily, sa coloc, qui lui a « appris » New-York et Nils, son amoureux, encore plus triste et désenchantée qu’elle…
Tout comme Mara, son héroïne, Julien Birban a fait partie de groupes punk avec qui il a tourné un peu partout dans le monde et tout comme elle, c’est un révolté. Contre notre société ultralibérale qui broie les petits, contre les cathos intolérants « du genre à croire que tout ce qui est bronzé cherche à les remplacer », contre les politiques qui font passer leur propre intérêt avant celui de la population. Contre l’homme, une « petite espèce ». Et contre le temps qui passe, vite, trop vite (à tel point que les jours raccourcissent dans le récit…) et la vie, absurde. Alors, quand il raconte une histoire d’amour, parce que Mercury baby est une histoire d’amour, elle est forcément atypique et compliquée. Car ses personnages (on n’a pas encore parlé de Romi la nihiliste…) se débattent contre tout cela à la fois. Sur fond de fin du monde en prime. Ils essaient pourtant, veulent y croire encore une fois (ils savent que le temps presse), se disent qu’ils ont « droit à la consolation ». Mais la tristesse est là (« Nils s’est barricadé »), la rage parfois trop forte et elles s’immiscent entre eux. Dans un style forcément nerveux, qui respire l’urgence, agaçant parfois, certes (on a l’impression que Birban se regarde écrire, par moments) mais habité. Accompagné d’une playlist rock omniprésente de fort bon goût (dans les bars qu’ils visitent ou dans leur appart, on écoute Black Lips, les Stooges, Television, Big Thief ou Explosions in the Sky) complètement en symbiose, Mercury baby est un récit romantique 2.0 sombre (ce n’est pas un hasard si la plupart des scènes se déroulent de nuit…) et désespéré. Un cri de révolte punk singulier lancé à ce monde en perdition qui n’écoutera probablement pas. Un roman qui ne laissera pas le lecteur totalement indemne, preuve que Birban a réussi son coup !
(Récit complet, 314 pages – Editions Héloïse d’Ormesson)



