PROVIDENCE (Dehghani)

BD. Providence, planète terraformée pour accueillir l’élite politique et financière terrienne, a continué à exploiter les ressources de la Terre et sa main d’œuvre pendant plusieurs siècles. Après un attentat terroriste terrien d’envergure, la Concorde a été mise en place pour travailler à plus d’équité et de justice entre les 2 planètes et réparer les erreurs du passé. Keren, jeune terrien boursier, a réussi à intégrer les instances de Providence et œuvre, à son niveau, à une meilleure compréhension mutuelle. Un soir, son Pathfinder 7.5 piloté par une IA doit faire un choix : percuter la jeune terrienne qui se trouve au milieu de l’autoroute ou sacrifier Keren. La nouvelle convention de la Concorde établissant qu’une vie humaine doit être prioritaire par rapport à toute autre vie, l’IA choisit d’épargner la jeune fille car Keren travaille pour Providence. Un choix inacceptable pour le père de Ker à qui 2 agents de Providence sont venus expliquer les circonstances de l’accident… Histoire d’avoir un coup d’avance, les éditions Sarbacane ont décidé d’anticiper un peu la rentrée littéraire en sortant plusieurs livres dès la mi août, dont Providence. Un choix qui devrait apporter de la visibilité à ce roman graphique signé Nicolas Dehghani, dont on découvre le travail ici. Dans ce récit très ambitieux de plus de 300 pages porté par un dessin à la palette graphique qui met en images cet univers futuriste avec inspiration, il raconte le deuil impossible de ce père dans une société, régie par l’intelligence artificielle, devenue froide. La narration, fluide, est parfaitement menée, montrant parfaitement, grâce à quelques scènes fortes, le désarroi et la tristesse de ce père que l’on vient de priver de sa plus grande fierté, ce fils qui avait réussi à intégrer les arcanes de Providence, tout en explorant avec justesse sa relation avec Abby, la jeune fille qui se trouvait au milieu de la route lors de l’accident. Il propose aussi, en filigrane, une réflexion intéressante sur la relation ambivalente (les premiers ont de la rancœur pour les seconds tout en espérant que leurs enfants puissent un jour faire partie de leur caste…) opprimé/oppresseur ou colonisé/colon et, bien sûr, sur l’IA. Le dessin de Dehghani est quant à lui solide et très immersif, aussi à l’aise pour souligner (notamment via ses couleurs sombres) la froideur et l’inhumanité de ce monde régi par l’IA que pour exprimer les émotions de ses personnages. Avec ce très bon récit qui sonne juste la rentrée commence bien !

(Récit complet, 336 pages – Sarbacane)

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.