BD. Les éditions Delcourt fêtent leurs 40 ans cette année. Et pour marquer le coup divers événements sont prévus, comme la sortie d’Instants d’années (dont on reparlera dans cette rubrique…), livre souvenir signé Alfred qui revient sur l’épopée Delcourt ; une grande exposition à Angoulême ou encore la réédition de récits marquants dans des versions prestiges avec papier épais, tranche dorée, et dorures en couverture. L’intégrale de Robinson Crusoé (qui réunit les 3 albums initialement parus entre 2007 et 2008) de Christophe Gaultier fait partie des récits qui vont avoir cet honneur. L’auteur y propose une adaptation très fidèle du roman de Daniel Defoe paru en 1719. L’histoire d’un gentilhomme anglais qui ne veut pas du destin tout tracé pour lui par son père. Trop tranquille pour lui qui rêve d’aventures et d’ailleurs. Il embarque donc sur un navire à destination du Brésil qui fait naufrage après une tempête monstrueuse non loin des côtes sud américaines. Seul rescapé, Robinson Crusoé parvient à se réfugier sur une île totalement déserte où il va devoir apprendre à survivre. En se construisant un refuge, en apprenant à chasser et en cultivant la terre. Et en domptant la solitude qui n’est pas loin de le rendre fou. Avant de se voir offrir (par Dieu, qu’il trouve sur l’île, lui qui était auparavant incroyant?) un compagnon en la personne de Vendredi, un « sauvage » qu’il sauva des griffes d’une autre tribu cannibale venue sur l’île pour le donner en sacrifice et le dévorer. Inspiré de l’histoire vraie d’un marin écossais, Alexandre Selkirk, ayant survécu 4 ans sur une île déserte, le roman de Defoe est un magnifique récit d’aventure qui nous fait croiser flibustiers, indigènes cannibales ou gentilhommes partis chercher l’aventure en Amérique du Sud tout en étant un témoignage des moeurs de l’époque (tout comme les prêtres partis en Amérique, Robinson évangélise Vendredi et lui apprend à ne plus manger de chair humaine et la traite des esclaves y est abordée comme une stratégie pour développer son affaire…). Autant d’aspects que Gaultier met en avant dans son adaptation qui surprend davantage par ses choix graphiques (un dessin assez sombre avec un très fin et spontané rehaussé de fréquents aplats de noir et de hachures omniprésentes) que par sa narration, qui, si elle est parfaitement fluide et maîtrisée, se montre plutôt sage. Une belle occasion, en tout cas, de (re)découvrir ce classique de la littérature.
(Edition intégrale, 144 pages – Delcourt)



