BD. Le point commun des récits de de Jongh (que ce soit dans L’obsolescence programmée de nos sentiments, avec Zidrou au scénario ou Jours de sable et Sa Majesté des mouches, réalisés en solo) et qui les rend attachants, c’est bien l’humanité qui s’en dégage. Son nouveau récit, Samir, vient une nouvelle fois en faire la démonstration. L’autrice s’est rendue, grâce à une collaboration avec des ONG qui y travaillent, dans un camp de réfugiés de Lesbos, en Grèce, en 2017. A cette occasion, elle avait réalisé une bande dessinée de 25 pages intitulée Europe’s waiting room publiée par le journal NRC. Il semblerait que de Jongh ait eu du mal ensuite à oublier les migrants qu’elle a rencontrés et leur destin souvent marqué par la tragédie. Alors elle est retournée à Lesbos, dans le camp de Mavrovouni cette fois, pour approfondir ses recherches et faire d’autres portraits. D’enfants, notamment, puisqu ils représentent 40% des habitants du camp. Des rencontres qui ont nourri son nouveau récit qui s’inspire de ces vies en suspens, les réfugiés attendant que leur cas soit étudié pour savoir s’ils vont pouvoir bénéficier d’un passeport et ainsi rester en Europe…
Comme Samir et sa famille, que l’on suit ici. Dont on commence par découvrir le quotidien dans le camp : les files d’attente, sous le soleil, pour aller chercher leurs repas (on n’a pas le droit d’avoir de casseroles ou de faire du feu à l’intérieur du camp), les horaires à respecter (Mavrovouni ferme à 21h00), la promiscuité (les logements, des conteneurs type Algeco, sont petits et partagés à plusieurs familles), les douches froides et…l’attente donc, interminable pour certains (un couple du Cameroun, non-prioritaire, est là depuis 4 ans), d’un entretien avec les autorités et de leur décision qui engagera le destin de leur famille. Avant de comprendre pourquoi ils ont dû partir de Syrie (appartenant à la même ethnie que l’ex-régime en place, ils ont été menacés de mort…) et les risques qu’ils ont dû prendre pour arriver sur l’île de Lesbos…
Un beau récit, touchant et plein d’empathie, raconté à hauteur d’enfant, pour nous faire ressentir, au plus près, l’incompréhension, l’angoisse ou l’injustice qui peuvent s’emparer de ces réfugiés. Une lecture indispensable pour comprendre que l’on ne traverse pas la mer au péril de sa vie et des siens pour venir s’entasser dans des conteneurs où la canicule règne si on n’a pas une bonne raison de le faire…
(Récit complet, 176 pages – Dargaud)



