BD. Depuis que les éditions Delcourt ont acquis une partie des droits des œuvres de Daniel Clowes, la collection créée pour l’occasion (La Bibliothèque de Clowes) a déjà accueilli plusieurs rééditions, dont les célèbres Patience, Ghost World ou encore Comme un gant pris dans la fonte mais on attendait bien sûr du matériau nouveau, inédit. Et 7 ans après l’excellent Patience, l’une des figures les plus importantes du comics indépendant américain sort Monica. Un récit très « clowesien ». Teinté d’étrange, donc. Et à la narration éclatée. Cela commence dans la jungle vietnamienne par un dialogue entre deux soldats, Butch et son supérieur Johnny, qui ne rêve que d’une chose : retrouver sa fiancée Penny, se marier, avoir des mômes, une maison et un boulot. Sauf que rien de tout cela n’arrivera. Car au même moment Penny est dans le lit de Léonard, un artiste qui se défonce et sous le charme duquel elle est tombée…Complètement paumée, Penny rompt avec sa famille, multiplie ensuite les aventures, tombe enceinte, galère financièrement et abandonne finalement sa fille, Monica, à ses parents avant de rejoindre une secte, la Voie, dirigée par un homme que tout le monde appelle V. A la mort de ses grands-parents, Monica n’aura de cesse d’essayer de comprendre pourquoi sa mère l’a abandonnée et de découvrir qui est son père. Une quête qu’elle nous raconte elle-même dans ce livre.
Comme souvent, Clowes place ci le lecteur dans une position proche de celle de son héros, en l’occurrence, ici, Monica : dans l’inconnu, avançant à tâtons, tentant de remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre et essayant de comprendre ce qui lie Johnny, Penny ou William qui revient dans le village de son enfance après 4 ans d’absence pour découvrir que celui-ci a été noyauté par les membres d’une sorte de secte, les vagabonds bleus, qui ont réduit les villageois à l’état de serviteurs (une histoire que l’on découvre dans le chapitre 3)…
Quête des origines, volonté de trouver un sens à sa vie (notamment au succès miraculeux que Monica a eu dans sa vie professionnelle ou au don qu’elle s’est découvert -elle peut communiquer avec son papy mort par l’entremise d’un vieux transistor), danger des sectes et des religions qui proposent d’apporter des réponses visant à combler le vide que certains peuvent ressentir : voilà de quoi Clowes nous parle avec Monica, influencé par l’esthétique des fifties (avec sa mise en couleur habituelle, très marquée et vive) et mêlant réalité et surnaturel pour créer une expérience de lecture comme d’habitude assez unique, étrange et parfois déstabilisante. Du Clowes pur jus en somme, moins inspiré néanmoins que sur Patience (la barre avait été placée haut) mais toujours aussi singulier. Un auteur unique en son genre !
(Récit complet, 108 pages – Delcourt)



