BD. Amiens, années 30. La vie est belle pour Germaine et Joseph. Tout juste mariés, ils vont s’embarquer pour l’Amérique du Sud, plus exactement l’Équateur, où Joseph va être ingénieur responsable de la société des mines. La liberté et l’exotisme tendent les bras au jeune couple. Mais l’aventure va rapidement tourner au vinaigre…Après avoir traversé l’Atlantique, alors qu’ils font escale au Panama, ils apprennent que la société a fait faillite et que les lettres de crédit données par son directeur ne peuvent pas être honorées. Sans le sou, le couple est cependant aidé par la communauté française qui habite au Panama : Tsé-Tsé, le propriétaire de l’hôtel où ils sont hébergés, propose ainsi à Germaine de travailler à la réception en échange de 30 dollars par mois, du « vivre et du coucher ». Mais Joseph devra trouver à s’héberger ailleurs. Au barrio negro, le « quartier nègre », car c’est là où les loyers sont les moins élevés. Joseph y fait rapidement la connaissance de Véronique, la fille de ses voisins, aux mœurs assez libres…
Entre décembre 1934 et mai 1935, Georges Simenon et sa femme Tigy entreprennent un tour du monde qui les emmènera notamment au Panama. Une escale qui a visiblement marqué Simenon et qui lui inspira en grande partie son quatorzième roman dur, Quartier nègre, que Bocquet et Rey ont adapté sous le titre de Barrio negro, un récit riche qui met en scène le délitement du couple Germaine/Joseph, qui ne resistera pas à la faillite de la société des mines de l’Équateur et aux tensions financières qu’elle provoqua, mais aussi à l’appel de liberté que lance l’Amérique du Sud à Joseph. Une vie moins guindée, qui se moque des convenances imposées par les expatriés français, faite de parties de cartes, de verres de chicha, d’amour et de huttes le long de la plage. Un récit parfaitement adapté (la narration est d’une grande fluidité et le dessin semi-réaliste de Rey restitue avec justesse la joie de vivre panaméenne mais aussi le mépris racial des expatriés blancs) par Bocquet et Rey qui mettent judicieusement en exergue le désir de liberté de Joseph tout en pointant du doigt la violence des stéréotypes racistes présents parmi les blancs expatriés au Panama.
Un bon cru pour cette collection des romans durs de Simenon.
(Récit complet, 96 pages – Dargaud)



