BD. Il est au travail quand on annonce à Laurel que son amoureuse est morte. Elle se serait suicidée. Bien sûr, elle lui avait dit ne plus pouvoir continuer à vivre dans son monde à lui, trop sérieux et terre à terre, mais cela ne voulait pas dire qu’elle voulait mourir…Laurel se rend sur les lieux du drame, en bord de mer, espérant comprendre. Là, sans s’en rendre compte, il s’enfonce dans l’eau jusqu’à être submergé. Quand il revient sur la terre ferme, des choses ayant appartenu à Eli le guident vers un arbre étrange avec une porte permettant de rentrer dans son tronc. Laurel y pénètre et arrive assez rapidement dans une ville mystérieuse où le temps semble s’être arrêté au XIXe siècle. Mais où, surtout, les intrus sont interdits ! D’ailleurs, des policiers à moustache patrouillant en montgolfière, ne tardent pas à le localiser et à le prendre en chasse…
Réalité ? Cauchemar ? Délire suite à un choc émotionnel ? Ce sera à vous de vous faire une idée si vous décidez de franchir les portes de Bunkerville, un univers bizarre au croisement des récits extraordinaires de Jules Verne et de l’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Car cet arbre, c’est le miroir d’Alice : quand Laurel y pénètre, il arrive dans un monde inconnu où les règles habituelles n’ont plus cours. Il faut dire qu’il a été créé par un homme, Schnopz, pour que son fils déficient mental s’y sente bien. Il a donc vidé tous les asiles du coin pour que leurs patients viennent habiter dans sa ville. Un monde devenu cauchemardesque depuis qu’il est dirigé par Ayrton Björg, un homme totalitaire qui dirige d‘une main de fer Bunkerville (un couvre-feu a été instauré ; la justice, pitoyable, est expéditive et il a fait réécrire les livres d’histoire…) et veut forcer la descendante de la dynastie Schnopz, Eléonore, à l’épouser….Une histoire initialement prévue pour le cinéma (Schuiten et Fructus avaient été associés au projet qui ne vit finalement jamais le jour, peut-être à cause du budget important qu’il nécessitait) que Pascal Chind a finalement réécrit, heureusement, pour la BD. Et dont il a confié la mise en images à Vincenzo Balzano. Et comme sur ses deux précédents récits (Adlivun et Clinton Road) parus chez Ankama, déjà, l’italien propose un travail graphique remarquable. Son dessin, sombre et poétique, qui peut rappeler ici les travaux de Dave McKean, souvent proche de l’illustration, sert à merveille cette histoire teintée d’étrange et de fantastique qui nous plonge dans les méandres, complexes, du cerveau humain. Singulier, étonnant, et absurde (on y rend la justice en tirant à pile ou face…), Bunkerville est une grande réussite !
(Récit complet, 168 pages – Ankama)



