Skip to content Skip to footer

GOTLIB, UNE VIE EN BANDESSINEES (Le Gouëfflec/Solé)

BD. Gotlib avait écrit son autobiographie (J’existe, je me suis rencontré, chez Flammarion en 2006) et Dargaud et les éditions Audie lui ont rendu hommage à plusieurs reprises ces dernières années avec, entre autres, Gotlib et toutes ces sortes de choses ou Les éditos de Gotlib, sans parler de son œuvre elle-même, bien sûr, mais il n’y avait pas encore de biographie dessinée de l’auteur. L’erreur est désormais réparée grâce à Julien Solé et Arnaud Le Gouëfflec. Un duo qui a rapidement compris qu’il est impossible de résumer une vie. Et si l’on essaie, le risque, c’est de s’y perdre, comme dans un labyrinthe. Solé et Le Gouëfflec ont donc choisi de se focaliser sur les épisodes les plus importants de l’existence de Gotlib ainsi que sur les aspects les plus marquants de sa personnalité (comme sa modestie). Comme autant de chapitres qui forment cette Vie en bandessinées : sa passion pour le dessin dès le plus jeune âge (il dessinait tout le temps et partout, même sur les murs de la maison de ses parents, au grand dam de sa mère, Régine…), la déportation de son père (qui n’en reviendra pas…) au camp d’Auschwitz, sa rencontre et collaboration avec Goscinny sur Les Dingodossiers (jusqu’à ce que ce dernier, trop occupé avec Astérix, ne pousse Gotlib à écrire ses propres histoires…), la création (et l’échec…) de L’Echo des savanes pour s’affranchir de toute règle, la naissance de sa fille Ariane (qui continue d’ailleurs à veiller sur son œuvre et sur Fluide), la psychanalyse qu’il a suivie pendant longtemps avec le docteur Muldworf, l’aventure (qui continue toujours…) Fluide glacial démarrée avec son ami d’enfance, Jacques Diament, ou encore son manque d’envie de continuer à dessiner qui le poussa à ne plus se concentrer que sur la rédaction des éditos de Fluide sur la fin de sa carrière…Le tout raconté, et c’est ça qui est admirable, « à la Gotlib », c’est-à-dire avec un humour et une dérision qui désamorcent le tragique. Le plus bel exemple est probablement ce chapitre intitulé Eastern, beau et émouvant à la fois, dans lequel Ervin, le père de Gotlib, apparaît en figure héroïque de shérif (il porte une étoile jaune brodée sur sa chemise. ..) donnant des conseils de vie à son fils avant de devoir s’absenter (il embarque en fait dans un train qui l’emmène à Auschwitz …). Une histoire que Gotlib aurait probablement adoubé, lui qui utilisait justement l’humour pour exorciser ses démons (l’absence de son père ; une partie de sa jeunesse passée loin de sa mère, puis de sa sœur, dans un pensionnat ; le décès de son fils seulement âgé de quelques jours…) que l’on devine, ici ou là, dans ses récits. Habilement racontée, cette Vie en bandessinées est également magnifiquement dessinée par Julien Solé (dont le père, Jean Solé, a fait partie de l’aventure Fluide aux côtés de Gotlib…) qui trouve ici un bel équilibre entre esprit Fluide et trait semi-réaliste, livrant des portraits très justes de Gotlib ainsi que des cases planche, superbes, tantôt émouvantes (on pense à celle qui met en scène le petit Marcel, sa fameuse coccinelle amie à ses côtés, en train de regarder le train qui emmène son père à Auschwitz) tantôt psychédéliques (comme la case finale qui réunit les personnages fétiches de Gotlib, ses influences -le magazine américain Mad, les Monty Pythons…- et plein d’autres choses). Ponctué de photos de l’auteur et conclue par une postface écrite par sa fille Ariane, le livre est une évocation particulièrement réussie de la vie de Gotlib et de son œuvre et, donc, vivement recommandé !

(Récit complet, 88 pages – Editions Audie)

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.