BD. Lancements de satellites toujours plus nombreux, voyages privés autour de la planète bleue, colonisation de mars (il a déclaré vouloir envoyer 1 million de personnes sur cette planète d’ici 2050) : Spacex et les délires mégalomanes de son propriétaire Elon Musk ont eu pour effet de totalement relancer la conquête spatiale. Craignant en effet de prendre trop de retard dans ce business prometteur, Jeff Bezos et Blue Origin (qui prévoit d’envoyer 3500 satellites), la Chine (avec son projet Constellation Qianfan, 15000 satellites d’ici 2030), le projet Honghu-3 (10000) ou encore Guowang (13000) ont aussi annoncé leur volonté de lancer des satellites en orbite autour de la terre. Des annonces effarantes qui ne sont pas sans danger, bien sûr, mais que rien ne peut pour l’instant empêcher puisque pour l’heure il n’y a aucune règle internationale réellement contraignante qui régit l’utilisation commerciale de l’espace.
Dans ce nouvel essai graphique très engagé (à quelques exceptions près, ses récits visent à alerter sur les dangers qui guettent notre planète ou à pointer du doigt les dérives de notre société), Philippe Squarzoni, ici épaulé par le documentariste Olivier Dubuquoy, fait le point sur cette frénésie spatiale tout en soulignant ses potentielles conséquences : pollution dans l’atmosphère avec les nombreux débris qu’occasionnent les satellites en fin de vie ou quand ils se percutent), nuisances visuelles (les astrophysiciens alertent sur le fait qu’avec tous ces satellites leur travail pourrait être faussé) et bien sûr rejet de CO₂ (massif car il faut les lancer ces nombreux satellites…)…Les deux hommes analysent également ce que cachent les visées spatiales de Musk (qui reposent en grande partie sur de l’esbroufe, Musk ne proposant que peu de solutions aux problèmes que pose, par exemple, la vie sur Mars, ce que démontre parfaitement l’essai…) et l’idéologie qui la sous-tend : rendre caduque états et démocratie pour que les « entrepreneurs visionnaires » comme lui ou Bezos puissent faire advenir une sorte de techno société autoritaire. Une doctrine partagée par des penseurs totalement réactionnaires (envers la place de la femme dans la société ou les minorités) comme Thiel ou Sacks qui influence grandement les magas de Trump…Et c’est ça le plus flippant !
Un essai édifiant, très documenté et donc dense, mais que les auteurs parviennent à rendre digeste grâce à un choix narratif pertinent : aérer leur discours en proposant aux lecteurs de suivre, en guise de fil rouge, la gestion par la mairie de Saint-Senier de Beuvron d’une demande de construction d’une station terrestre d’antennes relais par satellite par une filiale de Spacex (mais ça, il ne le découvre qu’après quelques recherches…) sur le territoire de leur commune ou la vie sur la base de Boca Chica au Texas (d’où sont lancés les fameux satellites), implantée à proximité d’un village dont certains habitants se rebellent contre la présence de Spacex, qui a comme objectif affiché de racheter toutes les maisons pour avoir le champ libre…Et bien sûr, aussi, au découpage inventif (un vrai défi quand il s’agit d’illustrer des concepts ou des idées) de Squarzoni. Une lecture moins glamour qu’un Thorgal saga ou qu’un nouvel épisode des 5 terres mais essentielle pour comprendre ce qui se trame en ce moment aux Etats-Unis et dans le ciel!
(Récit complet, 208 pages – Delcourt/Encrages)



