L’ODYSSEE TRAGIQUE DU MC RUBY (Morvan et Broussard/Pendanx)

BD. 1992, Le Havre. Un jeune ghanéen, Kingsley Ofusu, parvient à s’enfuir du MC Ruby, un porte-conteneurs appartenant à une société installée à Gibraltar, exploitée par une agence chypriote mais battant pavillon des Bahamas qui fait escale avant de rejoindre le port d’Hambourg. Il va trouver la police pour leur raconter l’impensable : huit personnes (sept ghanéens et un camerounais) qui avaient embarqué clandestinement en Afrique et s’étaient cachées dans l’une des cales ont été tuées par l’équipage ukrainien. Après Sur le front de Corée et Les mémoires de la Shoah, la collection Aire libre rend cette fois hommage à un autre journaliste ayant gagné le prix Albert Londres pour son travail : Philippe Broussard. Pour son enquête, le reporter du Monde (qui avait été mis sur l’affaire par Edwy Plenel) avait, à l’époque, bien sûr, rencontré à plusieurs reprises son protagoniste principal, Kingsley, mais s’était aussi rendu au Ghana pour rencontrer la famille et les amis des victimes pour comprendre pourquoi ils avaient pris autant de risques pour rejoindre l’Europe ainsi qu’en Ukraine pour discuter avec la famille des membres de l’équipage. Un travail rigoureux qui lui avait permis de mettre en lumière les raisons économiques (la misère régnait à Takoradi…) derrière le désir d’exil des jeunes ghanéens tout en mettant en évidence les similitudes entre les victimes et les membres de l’équipage ukrainien pas vraiment bien payés et qui ont pu croire qu’ils pouvaient être sanctionnés financièrement si des clandestins étaient retrouvés sur leur bateau…

Là où le scénario retient l’attention, c’est justement dans son choix, original, de mêler (à l’image de la couverture qui montre le journaliste en train de travailler en même temps que Kingsley tente de s’enfuir du MC Ruby), avec une belle réussite, les deux temporalités : les faits tels qu’ils se sont déroulés à bord du porte-conteneurs et le travail d’enquête de Broussard, le code couleurs (des tons sombres quand on repart dans le passé, sur le MC Ruby) de Pendanx permettant facilement de s’y retrouver. Un dispositif qui permet de rendre hommage au journaliste tout en rappelant la tragédie vécue par les clandestins à bord du MC Ruby. Ce qui n’est pas inutile alors que plus de 30 ans après beaucoup de migrants continuent de perdre la vie en tentant de rejoindre l’Europe…

(Récit complet, 120 pages – Aire libre/Dupuis)

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