BD. Ayroles nous a habitués à une grande qualité d’écriture depuis quelque temps déjà, notamment avec le récent Les Indes fourbes, dessiné avec gourmandise par Guarnido. Et sa nouvelle série, la géniale, n’ayons pas peur des mots, L’Ombre des Lumières, vient une nouvelle fois confirmer qu’il est l’un des tout meilleurs scénaristes de BD actuels. Et ce tome 3 ne nous fera pas dire le contraire tant il parvient à clore avec talent ce premier cycle.
On y retrouve, bien sûr, et c’est la grande idée de L’ombre des Lumières, son anti-héros, j’ai nommé le chevalier de Saint Sauveur, qui poursuit toujours son obsession : réussir à marier Aimée d’Archambaud à un « sauvage », un Iroquois, pour gagner son pari avec le comte de Mirepoix et pouvoir revenir en grande pompe à la Cour du roi Louis, lui qui a dû s’exiler, honteusement, en Nouvelle-France, criblé de dettes et rejeté de tous. Un personnage qui permet à Ayroles de décrire toute la fatuité, toute la méchanceté et toute l’hypocrisie du pays des Lumières et de ses gouvernants. Un portrait mordant d’une époque où l’on se piquait de disserter dans les salons sur la liberté ou l’égalité tout en méprisant les femmes, en exploitant les paysans ou en asservissant « sauvages » d’Afrique ou d’Amérique. Les deux auteurs le font, comme depuis le début, avec beaucoup d’inspiration, Ayroles déroulant son ingénieuse narration par l’entremise de lettres, genre très en vogue au dix-huitième siècle, que les différents personnages s’envoient, dans le style châtié (un vrai régal!) de l’époque, quand Guérineau livre un dessin semi-réaliste aussi à l’aise pour moquer l’hypocrisie des courtisans, dont Saint-Sauveur est la cible principale, que pour mettre en images les combats ou la beauté naturelle de l’Amérique.
Une grande série, vraiment, érudite et divertissante, qui entend faire triompher l’amour et la sincérité aux dépens du mensonge et de la fourberie.
(Série, 3 tomes de 72 pages pour ce premier cycle – Delcourt)



